Le 1er juin dernier, l’airbus A330 qui assurait le vol AF447 Rio-Paris s’abimait en mer avec ses 228 passagers, probablement dans le secteur redouté du Pot-au-Noir. 70 ans plus tôt, en 1938, Joseph Kessel évoquait la première traversée de l’Atlantique le 12/05/30 par un hydravion de l’Aéropostale, en sens inverse. A ses commandes, Jean Mermoz.

Le rythme effréné de notre actualité désoriente, nous empêchant souvent de bien mesurer l’audace, la dimension  des performances technologiques, le courage et le sens de l’engagement  humain de tant d’hommes et de femmes dans leur passion quotidienne pour leur service. Les distances géographiques et la nature sembleraient presque domptées. Alors écoutons J. Kessel :

lignes-de-laeropostale

« Le 12 mai (1930), à 11 heures, les 130 kilos du courrier France-Amérique furent transportés par une vedette à bord du Comte de La Vaulx. (…) Maintenant était venu de tour de Mermoz. En regardant charger les sacs plein de lettres il (Mermoz) pensa :

« Enfin je pars sur l’Atlantique et en courrier. »

(…)

« Nous arriverons bientôt devant le Pot-au-Noir », alla-t-il (Dabry, le navigateur) crier à l’oreille de Mermoz.

Le Pot-au-Noir.

Le grand obstacle, l’éternel et obscure barrière et dont tant de navigateurs à Dakar et à Rio avaient parlé à Mermoz. Les paquebots le contournaient à l’ordinaire. Mais, obligé de ménager sa provision d’essence et de couper au plus court, Mermoz devait passer à travers la zone redoutable. Comment franchirait-il ce domaine d’effroi et de sombres légendes ?

(…) Alors, dans les dernières lueurs du jour, jaillissant de la mer verte et rose, Mermoz aperçut une gigantesque et noire muraille. Il ramassa ses épaules dans un mouvement de charge et fonça.

(…)  Un chaos de ténèbres bouillonnantes les environna. Au sein de cet univers sans lueur, se distinguaient des colonnes de pluie, des amas plus sombres et qui avaient la forme de bêtes géantes, de châteaux monstrueux, de bornes infernales. (…) C’était comme une tornade sans vent. Des entonnoirs se creusaient à l’infini, comblés par des blocs de nuées  qui d’un seul coup, s’évidaient pour laisser fondre dans leurs flancs une nouvelle et muette et sombre avalanche.

(…) L’hydravion frayait son chemin depuis des heures dans ces ténèbres ruisselant d’un feu liquide, lorsque, avec une brutalité sauvage, un torrent brulant se déversa dans l’appareil. Pressé de toutes parts, Mermoz n’avait pu éviter une colonne de pluie qui semblait de la lave fondue. De l’avant à l’arrière la cabine fut inondée. Une vapeur suffocante saisit les trois hommes à la gorge. La soif les dévora. Mermoz, le premier assailli et fournissant un effort physique énorme souffrait pus que ses compagnons.

(…) Quand la proue de l’appareil eut déchiré le dernier voile du Pot-au-Noir, les trois hommes virent un prodige. La pleine lune emplissait de sa lumière et le ciel et l’onde. Il n’y avait pas un repli du flot ni du firmament qui n’en fut pénétré. Un suave argent coulait le long des vagues. »

Une réponse à “Mermoz, l’Aéropostale, le « tranport express de courrier » et le « Pot-au-Noir »”
  1. Jean-Philippe dit :

    Superbe post Nicolas!
    Tres beau moment que de lire les exploits de Mermoz ecrits par Kessel. Un bel hommage aux disparus.

  2.  
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