Le bras de fer entre les agriculteurs, les distributeurs et les pouvoirs publics sur le brûlant sujet de la répartition des marges éclate le vendredi 12 juin dernier, lorsqu’un commando d’agriculteurs provençaux prend d’assaut un camion espagnol, les faits sont ainsi relatés par H. Aujames et J. Boudon dans La Provence du 13/06/09 :

« Mardi 16 juin, à 10 h 30, à la préfecture Chabran d’Avignon, à la demande des syndicats agricoles FDSEA et Jeunes Agriculteurs, le préfet réunira autour d’une même table les responsables des enseignes commerciales du département. De cette réunion, déjà baptisée par plusieurs agriculteurs « celle de la dernière chance », doivent émerger des propositions concrètes, dont la révision à la baisse des fameuses marges.

Camione sfm Andalucia

En attendant, les agriculteurs vauclusiens avaient décidé de mettre la pression sur la grande distribution en bloquant, dans toute la France, un certain nombre de plateformes.

(…) C’est à l’occasion de l’un de ces blocages – celui de la plateforme Aldi, à Cavaillon – qu’un groupe de syndicalistes agricoles a entièrement détruit la cargaison de melons d’un camion espagnol, en provenance d’Alméria (Andalousie). Les faits se sont déroulés dans la nuit de jeudi à vendredi, vers 3 heures, alors que le transporteur était à la recherche de son destinataire, un expéditeur de la région de Cavaillon. Pour les syndicalistes, il était inadmissible que le destinataire fasse venir du melon espagnol en pleine campagne française. Surtout, ils suspectaient l’expéditeur d’un possible ré-étiquetage de ces produits d’importation sous le label « melon de Cavaillon« . Au total, les syndicalistes, une trentaine d’agriculteurs environ, ont détruit une vingtaine de tonnes de melons avant de laisser repartir le camion espagnol. Cette action terminée, les agriculteurs ont repris leur « veille » devant la plateforme Aldi. »

Il faut probablement lire, à partir de cet incident regrettable – et pas nouveau, voir notamment les actes de destruction exécutés en avril 1996 qui avaient alors choqué nos voisins espagnols – et contraire aux principes de libre circulation des marchandises dans l’espace européen, et mettre sur la place des sujets qui dépassent la distribution des bénéfices d’échanges commerciaux. Citons-en au moins trois :

► Les interrogations sur les impacts environnementaux de certains modes de production agricole intensive notamment dans la plaine d’Almeria (Andalousie), transformée en un « mar de plastico »).

almeria-mar-de-plastico

► La responsabilité d’entrepreneurs de la filière agricole de certaines régions face à l’utilisation de main d’œuvre immigrée (en général sub-sahélienne) et ses impacts sociétaux en matière de sécurité et très probablement de sûreté. Je me souviens personnellement avoir voyagé et échangé il y a quelques mois avec une harde de jeunes Maliens livrés à eux-mêmes, et pourtant parfaitement équipés en téléphonie mobile, qui venaient de terminer la saison des fraises à Huelva (où ils me disaient avoir été maltraités) et remontaient vers Lleida (Catalogne) où des embauches leur étaient promises… Grande était leur amertume de ne pouvoir rentrer au pays…

► La place de la chaîne logistique dans les équilibres, simultanément accélératrice des échanges (et donc « bienfaitrice » et potentiellement destructrice si elle est désorientée, vouée à elle-même.

► La place, la signification et l’avenir des marquages, étiquetages et labels des produits commercialisés.

nr et diadé

On comprend bien, à travers ces incidents, ces aventures humaines, qu’au-delà de la protection immédiate des gains de sa tribu, son exploitation, son terroir, on est face à un besoin impérieux de réflexion complexe apte à se projeter dans l’avenir et à conduire à une  régulation intelligente.

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