Article de Philippe GALLINI publié dans LA PROVENCE le 18/12/09
Au terme de longues négociations, le groupe marseillais que préside Jacques R. Saadé a pu obtenir des banques le déblocage d’une somme de 500 millions de dollars, payables dans le courant du mois de janvier 2010. cma-cgmUn véritable ballon d’oxygène pour le 3e armateur mondial que la crise mondiale a mis en grandes difficultés. Mais l’ouverture de cette ligne de liquidités exceptionnelle s’accompagne d’une exigence: la nomination d’un nouveau directeur général, extérieur au groupe familial, en la personne de Philippe Soulié. L’avenir du groupe, son management et sa stratégie vont-elles s’en trouver profondément modifiées ? C’est l’une des questions que nous avons posées au président Saadé.

– Cette aide de 500 millions d’euros sera-t-elle suffisante pour garantir l’avenir à long terme de votre groupe ?
J.S. : Il faut bien comprendre que CMA CGM n’a jamais été en position de dépôt de bilan ni dans une situation où il n’y avait plus d’argent. Nous avons commandé des navires et les chantiers qui les construisent ont lancé des appels de fonds. Or, à ce moment précis, nous n’étions pas en mesure d’avancer ces sommes à cause des conséquences de la crise mondiale sur le marché du transport maritime mais aussi parce que les banques avaient fermé les portes du crédit. Nous avons donc travaillé avec elles et réussi à trouver un accord qui nous met dans la bonne voie, et nous les en remercions. Nous ne leur demanderons pas plus mais nous devrons compléter ces 500 millions par une augmentation de capital en faisant appel, pour cela, à des investisseurs. Nous réfléchissons actuellement à deux possibilités: soit nous faisons appel à des fonds d’investissement qui ne rentreront que pour quelques années et ressortiront dès que nous serons revenus à une situation d’équilibre durable, soit nous décidons que les futurs investisseurs resteront sur le long terme et dans ce cas, nous ferons appel à des entreprises.

– L’arrivée d’un nouveau directeur général extérieur à l’entreprise va-t-elle changer fondamentalement la donne au niveau de la gouvernance du groupe ? En clair, gardez-vous la main ?
J.S. : La famille Saadé reste l’actionnaire majoritaire de la société. Les banquiers financent mais ne le sont pas. Cela faisait déjà un certains temps que nous avions des discussion en famille sur le sujet, et cela bien avant la crise. Nous savions que nous ne pouvions plus fonctionner en donnant à l’extérieur l’impression d’une famille fermée et impénétrable. En devenant le président du conseil d’administration, je vais prendre de la hauteur pour voir ce qui se fait. Je continuerai à être tous les matins au bureau mais mon travail sera davantage de réfléchir à l’avenir du groupe et à sa stratégie à long terme .

– Avant que ces 500 millions ne vous soient alloués, quelles mesures spécifiques aviez vous prises pour amortir les conséquence de la crise ?
J.S. : Tous les armateurs ont compris qu’il fallait remplir les navires et les faire tourner. Pour ce qui nous concerne, nous avons décidé de réduire leur vitesse en exploitation de manière à augmenter le nombre de bateaux en activité. Car l’économie de fioul ainsi réalisée est supérieure au coût de l’immobilisation d’un navire à quai. Nous avons également partagé des espaces avec certains services maritimes et puis surtout nous avons lancé un plan d’économies en interne qui a permis d’économiser 750 millions d’euros.

– Concernant les bateaux déjà commandés, avez-vous pu renégocier, notamment avec les Coréens, un report ou une annulation pure et simple des contrats ?
J.S. : Sur les 45 bateaux en commande, nous leur avons adressé une demande d’annulation pour 15 d’entre eux. Le plus difficile va être maintenant d’obtenir qu’ils nous restituent l’argent avancé.

– Les conditions de retour à la croissance semblent donc réunies, mais à quelle date envisagez-vous une véritable sortie de crise ?
J.S. : Le retour à la croissance est déjà bien amorcé. Nous avons terminé octobre à l’équilibre et novembre s’est révélé positif. Nous prévoyons un résultat positif pour 2010.

– Le chantier de construction du futur siège marseillais de la CMA CGM a-t-il subi les conséquences de cette crise, ou en subira-t-il dans l’avenir ?
J.S. : Au contraire, non seulement la construction s’est poursuivie normalement mais la tour devra être prête en mai 2010. Nous avons vendu notre siège actuel au Conseil général et nous serons donc bien obligé d’aménager à cette date…

2 réponses à “Jacques R. Saadé : « CMA CGM a trouvé les conditions d’un nouvel élan »”
  1. Hugo dit :

    Va-t-on s’interroger enfin (et approfondir objectivement) sur les effets collatéraux produits par le développement gigantesque des flottes porte-containers ?
    La CMA-CGM contribue à sa façon à la desindustrialisation de notre espace méditerranéen, il serait tant qu’on le reconnaisse !

  2. NJHM dit :

    HALTE AU FEU ! LA MARINE MARCHANDE FRANCAISE RENOUE AVEC LE SUCCES ET LA RENOMMEE JADIS CONNUE, CE N4EST PROBABLEMENT PAS LE MOMENT DE VENIR LA TORPILLER !
    CE QUI N’EMPECHE PAS EN EFFET DE REFLECHIR A CES CONSEQUENCES JUSTEMENT MENTIONNEES MAIS QUE L’ON NE PEUT PAS ISOLER DE LA GLOBALISATION DES FLUX

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