Il y a tout juste trois ans, en avril 2007,le CNA américain (Center for Naval Analyses) – créé à l’origine par un groupe de scientifiques spécialisé sur les grands problèmes naval stratégiques et tactiques (notamment sur la lutte anti-sous-marine pendant la WWII) – remettait un rapport : le National Security and Cimate Change.
Ce rapport consistait à recueillir les fruit des réflexions et des échanges d’un groupe de 11 officiers généraux américains des 4 Armées (Army, Navy, US Air Force, Marine Corps), tous retirés du service actif. Il s’agissait de mettre en commun les expériences opérationnelles de ces officiers renommés sur les théâtres d’opérations et leur vision stratégique autour des enjeux du changement climatique.
La publication de ce rapport en 2007 alimenta alors une vive polémique puisque son contenu contredisait largement le discours et le parti-pris de l’Administration George W. BUSH.

Nous reproduisons ci-dessous la mise en garde solennelle, qui invite à la réflexion, de l’un d’entre eux, le charismatique Général ZINNI :

GAL Zinni

« You already have a great tension over water (in the Middle East). These are cultures often built around a single source of water. So any stresses on the rivers and aquifers can be a source of conflict. If you consider land loss, the Nile Delta region is the most fertile ground in Egypt. Any losses there (from a storm surge) could cause a real problem, again because the region is so fragile…
We will pay for this one way or another. We will pay to reduce greenhouse-gas emissions today, and we’ll have to take an economic hit of some kind. Or we will pay the price later in military terms. And that will involve human lives. There will be a human toll. There is no way out of this that does not have real costs attached to it. »
General Anthony C. « Tony » ZINNI, US Marine Corps (Ret.)
Former commander in chief, U.S. Central Command,
National Security Climate Change, April 2007

7 réponses à “Géopolitique et changement climatique : le rapport du CNA américain”
  1. César II dit :

    En effet ce rapport marque la prise en compte par la plus haute hiérarchie militaire de la plus grande puissance militaire mondiale d’un sujet épineux. Fini l’époque où l’écologie était du domaine réservé des grincheux de l’extrême, des idéologues vaniteux autant que peu exposés.
    Je vous joins le link de Euractiv, où L’Union européenne reprenait également le flambeau en évoquant ce rapport:
    « Le changement climatique devient question de sécurité nationale »
    http://www.euractiv.com/fr/changement-climatique/changement-climatique-devient-question-scurit-nationale/article-163223

  2. C. Equitable dit :

    N’EXAGERONS RIEN ! IL FAUDRAIT ALORS REPRENDRE EN COEUR = MULTIPILONS PAR 2 LES BUDGETS ARMEMENT/DEFENSE DES GRANDES PUISSANCES (US + UE+OCDE+BRICS – TANT QUE NOUS Y SOMMES !).
    METTONS DES GENERAUX AU MINISTERE DE L’ECOLOGIE ?
    CELA NE RETIRE EN RIEN LA VALEUR DE CES HAUTS FONCTIONNAIRES EN UNIFORME, MAIS CELA ME GENE QUELQUE PEU…

  3. Merci Nicolas d’avoir fait un rappel sur ce document très intéressant qui montrait que dans la plus grande puissance occidentale, toute l’administration, qu’elle soit militaire ou non, n’était pas placée sous un joug dogmatique.
    N’étant pas un spécialiste du développement durable, je ne me permettrai pas d’apprécier les conclusions du rapport, mais plutôt l’esprit qui conduit à la conclusion.
    La guerre est faite par les miltaires. Ceux qui ont vécu des combats, savent que rien n’est plus horrible que la guerre, surtout lorsqu’elle a un caractère de guerre civile.
    Or qu’est-ce qui peut pousser le plus des peuples à faire la guerre si ce n’est la faim et la soif. Celui qui n’a plus rien à manger ou à boire n’a plus rien à perdre.
    La guerre c’est le dernier outil. Evitons d’arriver à cette extrémité, n’y poussons personne, ne laissons personne y pousser d’autres.
    Travailler au développement durable, c’est de la responsabilité de chacun d’entre nous parce qu’il faut éviter de pousser aux extrêmes. Travailler au développement durable c’est anticiper les problèmes non seulement en terme d’écologie, mais aussi de gestion et de répartition des ressources, c’est essayer de limiter pour l’avenir une sourcce non négligeable de conflits.
    Dans le développement de crises, qu’elles soient militaires, politiques ou industrielles ou autres, on s’aperçoit que le plus difficile est de déterminer les facteurs de crise, les éléments déclencheurs. C’est le problème de la veille et de l’adéquation des travaux de veille avec les besoins réels du pays ou d’un collectivité ou d’une société. Pour la résoudre, il est plus facile de savoir ce que l’on veut, ce que les militaires appellent l’effet final recherché. Je trouve que les analyses du CNA sont courageuses.
    Il n’est pas anormal, à mon sens, que des militaires s’intéressent au sujet. (il faut avoir à l’esprit que les militaires US ont en tête le manque de mise en perspectives, tant politiques qu’économiques, de leur campagne irakienne de 2003) Il est même sain qu’il le fassent. Il est de leur responsabilité de préparer l’avenir pour préparer aux mieux les armées de leur pays. Il est surprenant que l’on s’étonne qu’ils s’intéressent au développement durable.
    L’avenir de notre planète est une responsabilité de chacun. Il ne peut y avoir d’exclusivité, de mise à l’écart de telle ou telle catégorie de personnes.
    Merci Nicolas de nous donner l’opportunité d’y réfléchir quelques instants.

  4. Nicolas ROGIER dit :

    Merci pour cet éclairage qui laisse deviner une compétence et un vécu en la matière.

    Probablement ne laisse-t-on pas suffisamment la parole, du moins en Europe, aux hommes de terrain, en prise directe avec les « crises » qui secouent chaque jour des territoires qui, lorsqu’ils ne sont pas les plus proches géographiquement, constituent les maillons d’une chaine (ne serait-ce que d’approvisionnements alimentaires, voire énergétique, sans parler de l’eau…) vitale pour la stabilité de notre espace, à commencer par le bassin méditerranéen qui nous intéresse au premier chef.

    Les Militaires ont de façon certaines, notamment en matière de sécurisation de chaines logistiques complexes des opinions forgés par l’expérience, à partager sur cette tribune.
    Merci Jean-Luc.

  5. Hugues NJR dit :

    Les prévisions semblent ne pas si mal inspirées … Voir cet article du figaro sur l’Egypte et l’eau du Nil…

    http://www.lefigaro.fr/international/2010/05/16/01003-20100516ARTFIG00169-l-egypte-menace-de-faire-la-guerre-pour-les-eaux-du-nil.php

  6. Olivier dit :

    Ces militaires répétaient , sans doute excédés par cette guerre inutile irkienne, ce que la société civile américaine savait déjà mais que l’Administration Bush voulait ignorer.
    Ils ont ainsi sans doute contribué à la victoire des démocrates et de Barack Obama et à faire avancer la prise de conscience et l’importance de l’écologie pour l’équilibre mondial et la paix.

  7. Hugo dit :

    Je vous recommande le bouquin de Gwynne DYER « Climate Wars »
    http://www.youtube.com/watch?v=fRUfwIJL0HU

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