Publié par Sophie Verney-Caillat dans Rue89 www.rue89.com le 02/06/10
Comment un caporal-chef de Montauban, doté de vingt contacts dans la vraie vie, peut-il réunir 1 million de signatures pour une pétition contre le suremballage ? Réponse : en usant et abusant du réseau social Facebook.
Avec 12 000 signatures réunies en dix-huit jours, il a encore près de 99% du chemin à parcourir mais est bourré d’entrain. Il vaut mieux car jamais un citoyen ne s’était lancé seul dans un tel projet.
« On a le droit de vote, on vote. On a la droit de pétition, on s’en sert », s’est dit ce militaire, père de famille de 33 ans. Le 1er janvier dernier, quand il a découvert que l’Europe donnait le droit à toute cause réunissant 1 million de signataires de devenir un projet de loi du Parlement européen, Frédéric Crépin a décidé de passer à l’acte.
Le suremballage, un choix pragmatique et consensuel
Chef de rang au 17e régiment du génie parachutiste de Montauban, il insiste bien -devoir de réserve oblige- sur le caractère « apolitique » de sa démarche.
« Comme tout citoyen, je suis intéressé par l’écologie », dit-il sobrement. Son attention s’est focalisée sur le suremballage, parce que parmi les « petits gestes pour la planète » (nom de son premier groupe Facebook), c’est ce qui semblait le plus pragmatique.
Petit, son père, qui travaillait dans une usine de bonbons, lui disait
toujours que le prix de l’emballage était plus cher que le bonbon lui-même. Ça l’a marqué.
Il témoigne :
« J’avais envie de faire une pétition. J’ai regardé tous les sujets sur lesquels il y avait un réel problème et j’ai choisi celui qui était réellement attaquable.
Pas possible d’obliger les industriels de l’électroménager à arrêter de produire des appareils qui consomment trop d’eau et d’électricité.
Pas malin d’obliger les magazines en papier glacé à se mettre au papier recyclable, car j’ai besoin de la presse pour mon projet ! »
Créer autant de groupes Facebook que nécessaire
Une fois le sujet trouvé, restait à le faire buzzer. Sans fard, Frédéric nous livre le mode d’emploi qu’il s’est bricolé :
• Un sujet qui plaît à tous : « Une tête en forme de terre ça fait bien. Et un sujet écolo, les gens cliquent ! » Il crée d’abord un profil Facebook jetable avec une adresse mail temporaire, et le groupe qui va avec. Il va chercher des contacts parmi tous les membres des tonnes de groupes écolos créés sur Facebook et les invite à rejoindre son groupe.
• L’effet boule de neige de Facebook : en tant qu’administrateur du groupe, il propose à ses nouveaux « amis » d’inviter leurs contacts à rejoindre le groupe. C’est ainsi qu’il est passé de 2 000 nouveaux membres par semaine à 2 000 nouveaux par jour. Mais comme on ne peut pas envoyer de message collectif à plus de 5 000 personnes à la fois, il créé d’autres groupes, chaque fois avec une nouvelle adresse mail.
• Reste à transférer la sympathie sur Facebook en signatures sur le site dédié à la pétition. Si ses « amis » ne le font pas spontanément, il faut les relancer. Surtout, une fois que les gens ont signé la pétition, il a leur mail et peut ensuite « leur demander de relancer leurs contacts. On le fera de temps en temps, mais pas trop pour ne pas saouler les gens. » Frédéric a aussi écrit à ses contacts personnels, mais il n’en a qu’une vingtaine dans la vraie vie.
L’activiste du dimanche n’y consacre qu’une dizaine d’heures par semaine, mais il a fait ses calculs : en touchant tous les pays européens, il peut atteindre le million de signatures, en un an ou deux. Regardez bien :
« Ma référence c’est mon premier groupe Facebook. J’ai eu 100 000 personnes en un mois et demi. Si les autres groupes démarrent de la même façon, sur 23 pays ça me fera 2 millions de membres, et il y en a bien la moitié qui iront signer la pétition. Il faudra aussi que les médias en parlent dans tous les pays. S’il faut utiliser Google translate on le fera ! »
Du bénévolat, de l’amateurisme mais de l’efficacité
Pour le moment, Frédéric a reçu l’aide bénévole d’un avocat et d’un webmaster rencontrés via Facebook (mais jamais « in real life »). Maître Pierre-François Morin a rédigé le texte de la pétition, un traducteur a amicalement assuré les traductions dans huit langues, et Frédéric Crépin assure la médiatisation.
Un certain amateurisme se fait sentir : Frédéric claironne que Rue89 va l’interviewer en public sur Facebook, l’avocat est incapable de citer les sources de ses chiffres (« L’emballage d’un produit peut représenter 80% du poids total du produit fini et constituer jusqu’à 65% de son coût ») et le webmaster s’étonne de voir des publicités Google contextualisées renvoyer vers les sites d’industriels de l’emballage…
Peu importe, même au Centre national d’information indépendante sur les déchets, on estime que :
« Pour une pétition citoyenne, elle est bien documentée. Cette initiative est la preuve que ce sujet concerne les citoyens au sens large. »

2 réponses à “La pétition d’un militaire sur Facebook contre le suremballage”
  1. Jean-Philippe dit :

    C’est vraiment ça le pouvoir de Facebook ! Il sera intéressant de voir si de la théorie, il arrivera au million « pratique ». 🙂

  2. Olivier dit :

    Une autre idée à creuser pou faire un million d’adeptes aux economies ecologiques.
    Renvoyer à l’expéditeur le mailing commercial (ex: GdF et son livret commercial d’une 50 de pages la semaine dernière) adressé plutôt que de le mettre à la poubelle

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