Les rives nord du littoral méditerranéen occidental (entre autres France, Espagne, Italie) font depuis longtemps l’objet de fortes pressions à la fois démographiques, urbanistiques, touristiques, industrielles et logistiques. En ce qui concerne ce dernier point – la pression des flux de transports et de concentration d’activités logistiques – on comprend aisément que les opérateurs économiques privés (entreprises et gestionnaires d’infrastructures), les collectivités territoriales et l’état ont des choses à se dire !

La municipalité de Vitrolles (13127, Région Provence-Alpes-Côte d’Azur) est un bon exemple de commune qui, comme beaucoup d’autres, a vu et du conduire depuis plusieurs décennies une transformation radicale de son périmètre, de la cartographie de ses flux, de sa physionomie.1

Initiative privée des cabinets Garrulus Consulting et Bouclétik , cette nouvelle session LOGISTIQUE DECARBONEE, animée par Nicolas ROGIER et Gil DOAT, leurs fondateurs, s’est déroulée dans les locaux de la société BRAKE FRANCE SERVICE, un des leaders européens de la distribution de produits alimentaires sur le circuit CHD, dont la Direction Régional Sud Méditerranée est assurée par Didier CAGE.

Echanger sur l’intégration des enjeux du développement durable à la stratégie des entreprises de distribution, des transporteurs et des logisticiens présents sur son périmètre : c’est la question à laquelle ont tenté de répondre un panel de dirigeants et cadres d’entreprises du secteur, de représentants de la Région PACA et de la Mairie de Vitrolles.

La pression des « parties prenantes » :
Selon Victor FARAMIA, PDG des TRANSPORTS NJS FARAMIA, afin d’anticiper la pression des parties prenantes, on peut prendre les devants et intégrer les décisions environnementales et relatives au Développement Durable dans la communication et le marketing de l’entreprise : les clients sont de plus en plus sensibles à ces problématiques3

Didier CAGE, Directeur Régional chez BRAKE, appuie ces propos en précisant que même si la politique environnementale n’est pas aujourd’hui le critère déterminant pour un candidat à un poste de son choix de société, ça le devient de plus en plus.
Pour les bas salaires, l’accessibilité d’une entreprise en transport en commun est un élément qui compte dans le budget. Un PDIE peut étudier ce genre de questions.
La Problématique des livraisons en centre ville :
Si toute la zone du Vieux Port à Marseille était déclarée piétonne, comment faire pour livrer ?

Didier CAGE, fort d’une longue expérience de la distribution capillaire en centre ville et dans des régions où la circulation est complexifiée, rappelle l’exemple menée par la ville de Bordeaux qui démontre que toutes les bonnes volontés du monde peuvent se heurter aux réalités concrètes :
Décision de la mairie de Bordeaux : le centre ville ne sera plus livré qu’en triporteur électrique. Après avoir compris le nombre de semi-remorques qui accédaient à la zone quotidiennement, ils ont vite fait marche arrière devant l’ampleur des investissements en triporteur.

Et pourquoi, avance Victor FARAMIA, ne pas fermer sur une plage horaire fixe, les rues des centres villes aux voitures ? De cette manière, les transporteurs auraient leur plage de livraison tranquille et seraient absents des rues en dehors de ces horaires.
Qu’est ce qu’un agenda 21 ?
Delphine CEYTE, explique la démarche Agenda 21 lancée par la Mairie de Vitrolles. C’est le début de cette démarche. L’Agenda 21 sur une commune concerne tous les acteurs du territoire de la commune : (publics, privés, population, associations,…) : il s’agit d’intégrer dans la politique de la ville toutes les composantes du développement durable (Environnement, Social, Economie)

LOGISTIQUE DECARBONEE permet d’aborder un sujet sensible et prioritaire pour toute l’agglomération : dans ce cadre Delphine CEYTE se réjouit que la municipalité de Vitrolles soit associée à la démarche.
Elle représente Philippe GARDIOL, l’élu au Développement durable et précise que le maire, Loïc GACHON, lui-même ingénieur Environnement est très impliqué sur ce dossier.
Logistique décarbonée : Le train ou le maritime sont-ils de véritables alternatives ?

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Madjid OUACHE, de la Direction des Transports et Grands Equipements du Conseil Régional PACA, très impliquée dans les dossiers majeurs d’aménagements impactant ou impactés par les flux de transports régionaux, rappelle que les prérogatives du Conseil Régional sont limitées en matière ferroviaire (essentiellement TER). Très conscient d’être néanmoins un acteur incontournable des choix d’investissements sur la région en matière d’infrastructures ferroviaires, le CR est aux avant-postes dans les négociations avec la SNCF.lanjoly-voie-ferree

Madjid OUACHE indique également la volonté forte de la Direction Transports, en relation avec d’autre régions limitrophes françaises mais également en Espagne et en Italie de favoriser le report modal pour décongestionner les axes de transit (Projet d’Autoroutes de la mer)

Sur un plan environnemental, il est toujours intéressant de mettre les camions sur le bateau (ou sur le train), mais Victor FARAMIA rappelle la problématique d’emploi associé : comment faut-il rémunérer les chauffeurs qui accompagnent ? En repos / en attente / en disponibilité ? La loi est aujourd’hui assez floue sur le sujet.
Sur le plan européen, Nicolas PAYET, PDG de PROMOTRANSIT, précise qu’aujourd’hui on ouvre les frontières au cabotage, mais les règles ne sont pas les mêmes selon les pays : les chauffeurs français sont soumis à des règles beaucoup plus strictes que dans d’autres pays : la concurrence est dès lors faussée.
Expert du maritime, armateur, commissionnaire en transport international, transitaire, il avance que le port de Marseille, véritable fer de lance de la politique maritime de toute la région représente un fort risque sur l’avenir, concernant le transport et surtout le stockage des marchandises dangereuses.
La réforme des Ports va pourtant dans le bon sens, même si la partie purement marseillaise du GPMM continue de rencontrer des problèmes, FOS 2XL fonctionne, et présente des opportunités importantes de développement. L’arrivée de SEAYARD (manutention et logistique) et donc l’ouverture, est de nature à renforcer la compétitivité de l’ensemble.

L’outil Objectif CO2 :
TRANSPORTS NJS FARAMIA a mis en place l’outil Objectif CO2 de l’ADEME, dont le Pôle Air et Transports en PACA est dirigé par Jérôme CICILE : Victor FARAMIA indique que cet outil est complémentaire au Bilan Carbone® qui, lui, permet par unité de comptes (palette, container, tonne,…) d’évaluer les émissions de gaz à effet de serre (GES) unitaires.
La volonté de l’entreprise est à l’origine de cette mise en place, d’ailleurs son PDG rappelle que toute action mise en place sous la contrainte ou sous une pression extérieure a peu de chance d’être pérenne.
Par ailleurs, le pilotage de ce type d’actions (objectif CO2, Bilan Carbone®,…) par un cabinet extérieur est primordial pour éviter les conflits d’intérêt au sein de l’entreprise (différents services), selon l’expérience de Victor FARAMIA.
Exemples d’actions mises en place suite à Objectif CO2 chez ce prestataire, qui opère essentiellement sur le marché de la logistique du froid :
– Gonflage des pneus à l’azote et non plus à l’air
– Installation d’ombrières sur les véhicules
– Isolation des entrepôts
– Meilleur pilotage de la consommation avec 2 niveaux de gestion :
o Consommation aux 100 km
o Consommation à l’heure (travail sur l’injection des moteurs)
Dans cette démarche, TRANSPORTS NJS FARAMIA se félicite des excellentes relations nouées avec la Mairie de Vitrolles : quand on leur amène un projet sain, il est parfaitement bien traité et ça se passe bien : ça a été le cas, par exemple pour l’installation de panneaux photovoltaïques.
Victor FARAMIA regrette cependant que les analyses Bilan Carbone® ou Objectifs CO2 de l’ADEME ne font pas de différence entre un camion Euro IV et un Euro V.
Une précision s’impose à ce stade : le Bilan Carbone® ou l’outil Objectif CO2 sont effectivement axés sur les émissions de gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, Hydrocarbures fluorés) en vue de limiter le réchauffement climatique – Il ne s’agit pas d’outils qui étudient de manière exhaustive tous les impacts environnementaux d’une entreprise, notamment les émissions de polluants auxquelles s’attachent les normes Euro (nox, CO, HC, particules).
Cela fait partie des limites de l’exercice.

Madjid OUACHE, indique que ces outils visant, pour les opérateurs de la chaine logistique, à réduire leurs impacts CO2 sur les territoires d’implantation peuvent donner lieu au déclenchement de dispositifs d’aide au financement avantageux sous certaines conditions, en co-financement avec l’ADEME.

Quelles autres actions possibles pour les entreprises :

Pour BRAKE, Didier CAGE avance qu’un gros travail est fait sur la recherche de fournisseurs locaux pour les produits frais. Le bio fait également partie des préoccupations actuelles de la société.

Laurent MARTIN (Directeur de la filiale STEF-TFE de Vitrolles) et Antoine DOMANICO (GEFCO) se rejoignent sur une nécessaire optimisation des moyens : très souvent nous faisons effectuer des livraisons dans des zones reculées (arrière-pays) et la totalité des prestataires de transport envoient des véhicules au même moment, sur les mêmes routes, provoquant une saturation des axes secondaires : du temps, de l’argent perdu, de l’énergie consommée à perte alors qu’il faudrait arriver à dépasser les critères de concurrence et au moins avoir une approche commune, coordonnée, sans tomber dans le risque d’entente illicite bien sûr.
Les intentions sont louables, mais comment les concrétiser ?

7 réponses à “Logistique décarbonée – L’exemple du secteur de Vitrolles en Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur”
  1. Jean-Hugues - CADRE TRANSPORT INTERNATIONAL dit :

    C’est une bonne chose de mettra autour de la table les décideurs économiques privés et les institutionnels. Dans le cas de la région (en Languedoc Roussillon nous avons une situation assez similaire avec des flux de camions en transit qui sont un vrai casse-tête !!!) et il faut bien reconnaitre que le champ d’investigations est immense pour trouver des solutions REALISTES et PRGAMATIQUES !

  2. OCCITANIA84 dit :

    IL est intéressant de voir que la Distribution spécilaiséee alimentaire commence à se préoccuper de développement durable. La filière BIO est en retard (20 au moins avec l’Allemagne ou l’Italie où la bas ce sont les régions / länder) qui sont porteurs de projets novateurs alors que l’on continue de se regarder dans le miroir.
    Je ne dis pas que ce soit du green-washing avant la lettre mais quand-même, il faudrait passer à l’ACTION concrete.
    Un idée ? demander aux restaurants de se « mouiller » eux aussi en s’approvisionant sur leur secteur et evitant par la meme de faire venir et repartir des camions à vide dans le Luberon…

  3. GD75 dit :

    VOUS ABORDEZ UN PROBLEME DES EQUILIBRES FRAGILES ENTRE LES INTERETS PRIVES ET COLLECTIFS SUR DES TERRITOIRES FRAGILISES PAR LA PRESSION DEMOGRAPHIQUE, LA CONCENTRATION DES SURFACES DE DISTRI, L’URBANISME MITé. C’EST UNE BONNE INITIATIVE MAIS ON A L’IMPRESSION QUE C UN PEU LA QUADRATURE DU CERCLE ! EMPECHER LES CAMIONS DE CIRCULER ? ON PARLE DU REPORT MODAL, MAIS ON CONNAIT BIEN LES BLOCAGES AUXQUELS ON EST TOUS CONFRONTES; BEAU SUJET MAIS CASSE-COU !

  4. Hermès 23 dit :

    Pour info : « le livre noir du bruit » sur les pollutions sonores, essentiellement dues aux transports. Date de mars 2008 mais toujours d’actualité …

    http://www.biobello.com/bruitmarseille/Livre_noir.pdf

  5. MAIDAY MAIDAY dit :

    La catastrophe du déluge de Draguignan (Var) a également montré les impacts des aménagements mal (ou pas !) planifiés et organisés des zones réservées aux commerces de périphérie (Grande distribution, distri spécialisée) et aux zone de stationnement des véhicules, parking, entrepôts pour lesquels rien n’a été réellement prévu pour gérer les évacuations d’eaux (entre autres) . Nous n’avons que le retour du boomerang bien mérité.
    BON COURAGE DANS VOTRE LABEUR DE MOBILISATION

  6. GD75 dit :

    Hermès 23 : CE LIVRE NOIR DU BRUIT, C EST UN PEU LE LIVRE D’OR DES BOBOS CAPRICIEUX QUI VONT A LA FNAC LE SAMEDI COMMANDER LEUR IPAD ET EXIGENT UNE LIVRAISON EN J+1, INCENDIENT LE VENDEUR ET PLEURENT SUR LE BRUIT QUE FONT LES ENFANTS DE LEURS VOISINS !
    JE RESTE SCPETIQUE

  7. Nicolas ROGIER dit :

    Vos commentaires laissent transpirer l’absence (au mieux l’insuffisance) de communication, de capacité à travailler en réseau pour insuffler du sens aux organisations de flux logistiques.
    Il est évident que la critique systématique des positions sans connaissance des dossiers ne mène à rien.
    Ma propre expérience opérationnelle m’a permis, avec du recul, de reconnaitre la difficulté pour un patron de PME, un directeur de filiale, de CP, de ces filières, à intervalles réguliers, faire un break sur son planning, à prendre du champ par rapport à ses objectifs (en général de très court terme). On se laisse emporter par le déluge de feu quotidien alors qu’il faudrait donner du sens à son action.

    Connaitre personnellement les responsables (également ou autant opérationnels) des territoires où l’on opère, se tenir informé des aspirations, objectifs, problématiques locales posées par par le bassin d’emplois (pas simplement client mais également riverain, consommateur, résident) rend l’entreprise plus efficace.

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