Soutenus officiellement par Le Conseil Régional PACA et l’ADEME, Garrulus Consulting et Bouclétik organisaient le 21 octobre dernier la 4ème session LOGISTIQUE DECARBONEE, animée par Nicolas ROGIER et Gil DOAT, leurs fondateurs.

4è session Logistique Décarbonée Cavaillon

Cette session s’est déroulée dans les locaux de la société ID LOGISTICS à Cavaillon
Rappelons que l’un des principes de ces sessions est de réunir, au sein d’installations logistiques non institutionnelles les acteurs locaux d’un territoire et de les amener à échanger et réfléchir de façon opérationnelle autour du thème de la pression des flux de transports et de concentration d’activités logistiques.

La municipalité de Cavaillon (841300, Région Provence-Alpes-Côte d’Azur) est un bon exemple de commune qui, comme tant d’autres, a vu et du conduire depuis plusieurs décennies une transformation radicale de son urbanisme, de la cartographie de ses flux, de sa physionomie, de sa population.Sesson Logistique Decarbonée 21oct10

Echanger concrètement sur l’intégration des enjeux du Développement durable au sein d’entreprises de distribution, de transport et des logistique, se confronter aux élus et acteurs institutionnels locaux : c’est le sujet que nous avons pris le parti d’aborder en invitant un panel de dirigeants et cadres des entreprises du secteur, de représentants de la Région PACA, de la CCI Vaucluse-Avignon et de la Communauté de Communes Provence Luberon Durance.
Etaient présents :

Elisabeth SALLEY, Communauté de Communes Provence Luberon Durance
Nathalie Duchozal et Isabelle CALZIA, CCI Vaucluse Avignon
Stéphane VACHIER et François CAMP, ID LOGISTICS
Bruno TROMBINI, LA FLECHE CAVAILLONNAISE
Hélène RENARD, Séverine PATTY et Hélène BIDAUD, du groupe LA POSTE
Georges SAVINAS, SETEL SMT LOGISTIQUE
Véronique BARRE, STEF TFE Provence Surgelés
Eric BARRE, Expert Facilities Logistique
Jean-Luc GOAREGUER, FRAIKIN
Hervé de LISLE, qualifié Bilan carbone

Les enjeux du foncier
Lors de la présentation, la discussion s’oriente très vite sur les problématiques foncières liées à l’activité logistique :
La zone de Cavaillon s’est développée du fait d’un large rayon d’action vers le sud et d’une disponibilité foncière à cette époque. Hélène Bidaud et Véronique Barré confirment toutes deux que le choix de ce site pour l’implantation de leurs sociétés (Plateforme Colis de La Poste et STEF TFE Provence Surgelés) s’est fait en fonction des contraintes carburant : pour un PL, l’autonomie d’un plein au départ de Cavaillon permet de rejoindre Montpellier aussi bien que Nice.
Véronique Barré souhaiterait pouvoir s’agrandir mais aujourd’hui ce projet sur Cavaillon est impossible. Les seules opportunités d’agrandissement se situent hors de la ville et hors même du département.
Eric Barré élargit géographiquement cette problématique en présentant ses recherches vaines actuellement d’un espace de 30 000 m2 à dédier à de la messagerie pour distribuer Marseille : la seule possibilité offerte est sur la zone de Saint Martin de Crau, ce qui est aberrant pour livrer Marseille. Par ailleurs, le bassin de population sur Saint Martin de Crau n’est pas assez important pour justifier l’implantation d’un site de messagerie qui doit par nature être proche de son bassin de distribution.
Elisabeth Salley de la Communauté de Communes rappelle qu’effectivement pour une collectivité, le souci du secteur de la logistique ou du transport est le rapport entre la surface occupée et le nombre d’emplois directs créés qui est assez faible : de grandes surfaces sont occupées pour peu d’employés et malheureusement, c’est ce qu’on les élus en tête lorsqu’ils étudient les projets des entreprises.

Responsabilité des entreprises ? des collectivités ? Partage des tâches ?

Selon Eric Barré, ce n’est pas le seul problème qu’a à affronter le secteur face aux collectivités : la mauvaise image est également un facteur déterminant, le secteur est associé au bruit, aux horaires de nuit,… il cite l’exemple d’Aix les Milles où il est impossible d’implanter actuellement un site pour le transport à destination d’Aix en Provence centre. Cette zone est dédié exclusivement à des activités tertiaires.
Ces nuisances sont un aspect important pour le secteur, mais attention à ne pas en faire trop : E. Barré cite l’exemple de STEF TFE qui a lancé de longues études pour réduire les nuisances sonores dues aux livraisons dans la ville de Paris au départ d’Ivry sur Seine, pour au final s’entendre dire que le bruit des camions de livraison dans Paris était nettement moins fort que le bruit ambiant.
Pour livrer Marseille, certains PL arrivent bien dans le centre, ne serait-ce que pour livrer le Centre Bourse : un tracteur + semi stationne dans la rue et des petits véhicules se chargent directement pour apporter la marchandises aux magasins, et ceci vers 06h00 du matin, malgré l’interdiction des PL dans Marseille.
Ces interdictions, freins de la part des communes à destination du secteur vont à l’encontre du bon sens pour Hélène Renard : il est important de comprendre qu’il est vital pour les métropoles qu’elle soient approvisionnées / livrées : il est donc de leur intérêt d’aider les entreprises du secteur à s’implanter à proximité de leur ville, sous peine de voir s’allonger les distances parcourues par les véhicules de livraison, à l’instar des 3,5 t de STEF TFE qui parcourent un long trajet pour livrer Aix en Provence centre (interdiction des PL + pas de possibilité d’implanter un site de dégroupage à proximité)
Idéalement, il faudrait rendre plus cher les comportements les moins vertueux et aider les plus vertueux : la fiscalité a un rôle important à jouer dans ce domaine.
Eric Barré rappelle que lorsque la loi a obligé récemment à passer tous les PL à la limitation de 90 km/h sur autoroute (en supprimant l’autorisation à 110 km/h pour certains), cela s’est fait sans aucune contestation de la part des clients.

Cavaillon 21oct10Pour ailleurs, il souhaiterait voir les acteurs publics (dont la SNCF) plus s’engager pour mettre à disposition des chargeurs ou des transporteurs des moyens supplémentaires pour les aider à réduire leurs émissions de CO2.
Lors de la présentation des outils traitant de ce point (aides, subventions) Hélène Renard précise que les aides comme les Certificats d’Economie d’Energie existent déjà et peuvent être valorisées pour des actions comme la formation des conducteurs à l’éco-conduite.

Pour Eric Barré, on a l’impression que chacun réfléchit et/ou agit de son côté : beaucoup d’entreprises font de la prospective et étudient leur devenir dans les 15 ou 20 ans à venir. La question est : avec qui peuvent-elles partager ces réflexions ? Ces échéances sont au-delà des échéances des municipalités ou des régions.
Nathalie Duchozal de la CCI Vaucluse Avignon indique au contraire que les collectivités s’intéressent à ces questions, même si les échéances dépassent à première vue leur propre mandat.
D’abord certaines municipalités sont inchangées depuis plusieurs dizaines d’années et ce genre de réflexion leur permet justement de s’ancrer dans la durée.
De plus il existe d’autres parties prenantes qui sont très intéressées par ces questions (grand public, associations, consommateurs,…)
Hélène Renard évoque également l’explosion du commerce électronique : le transport à destination des particuliers connait une nouvelle renaissance. Et ceci se fait au détriment des déplacements du consommateur vers les grandes zones commerciales.
Ayant participé à plusieurs Plans Climat Energie Territoriaux elle remarque qu’ils font tous la part belle aux modes de déplacements « doux » (vélos, piétons, transports en commun) mais passent généralement totalement à côté de la logistique urbaine : pourquoi les acteurs du transport et de la logistique ne sont-ils pas impliqués sur ces sujets ?
Mais attention à l’évolution certaine de la vraie urgence de livraison ? Pourquoi les clients demandent-ils expressément une livraison le plus souvent la plus urgente possible ? La notion d’urgence est trop banalisée aujourd’hui et n’a pas la valeur qu’elle devrait avoir. Avec le renchérissement attendu des carburants, cette notion d’urgence sera sérieusement remise en question.
Il est important pour les communes d’envisager un nouveau modèle économique de distribution.
Selon Eric Barré, cette responsabilité incombe aux municipalités / collectivités uniquement : les entreprises n’ont aucun moyen d’action, de discussion, de négociation.
Mais il est vrai  que les collectivités préfèrent discuter des ces points avec des acteurs identifiés : la multiplication des PME sur Cavaillon (et le reste de la région) empêche de pouvoir discuter des problématiques de chacune : elle regrette l’absence d’association sur la zone qui permettrait aux entreprises de parler d’une seule voix vers les collectivités.
H. Renard abonde dans ce sens : tout le monde y gagnerait avec une telle association (mutualisation de services, puissance de négociation,…)
La CCI peut aider à concrétiser ce type d’association rappelle N. Duchozal :    Il existe effectivement un groupement d’entrepreneurs réunis sous forme d’association sur le territoire de CAVAILLON, groupement animé par la CCI, qui aide à concrétiser la création d’association de zones sur l’ensemble du territoire de Vaucluse.

Un bon exemple est l’action en cours sur la zone du Pontet régie par la mise en place d’un outil réglementaire (plan de protection de l’atmosphère sur l’aire de la communauté urbaine d’AVIGNON), afin de mettre en place des plans de déplacements interentreprises.

Alternatives à la route
Une telle association permettrait également de remonter le problème de l’absence de transports en commun pour desservir la zone : c’est la première chose qu’a remarqué Véronique Barré en arrivant sur la zone : tous les employés venaient en voiture pour la simple et bonne raison qu’il n’y a aucune offre de transport en commun sur cette zone du MIN de Cavaillon.
L’accessibilité est un élément crucial pour les collaborateurs : selon Eric Barré, la pression du prix du carburant sur les bas salaires d’une entreprise est telle qu’il revient maintenant à leur employeur de négocier non plus uniquement sur le salaire des collaborateurs, mais sur leur pouvoir d’achat dans sa globalité.
H. Renard fait observe qu’un lien fort existe entre environnement et logement sociaux : en offrant une possibilité aux collaborateurs de se loger (logement sociaux pour les catégories les moins aisées) à proximité de leur lieu de travail, on allège du même coup les problématiques de transport, de congestion,…

En conclusion …

G. Savinas de SETEL indique qu’en 10 ans de présence sur la zone de Cavaillon, il n’avait jamais auparavant, assisté à une telle réunion : il est important de prendre le temps de s’ouvrir et de s’intéresser à l’environnement de son activité afin de pouvoir prendre du recul. Il est trop facile de dire qu’on n’a pas le temps (même si c’est souvent vrai).Gil Doat et Nicolas Rogier
Il apprécie également ce genre de réunion en reconnaissant qu’il n’avait jamais rencontré auparavant les autres acteurs (privés ou publics) de la zone et qui sont autour de cette table.
Ce point est très partagé par l’assistance qui pense profiter de ce premier « coup de pouce » pour lancer des discussions avec de nouveaux acteurs.

2 réponses à “4è Session Logistique Décarbonée en Région Provence-Alpes-Côte-D’azur : Cavaillon”
  1. OCCITANIA84 dit :

    Bonne initiative. On a besoin d´un peu plus de reflexions sur les impacts a long terme de la massification des flux logistique sur le triangle Avignon – Orange – Nimes, entre autres, sur lequel circulent 50% des camions europeens !

  2. MANAGERPRESSé dit :

    D’ACCORD MAIS AVANT DE « GERER DES FLUX », QUI CONSISTE A FAIRE RENTRER TOUS LES JOURS, AU « FORCEPS » DASN LE GOULOT DE LA BOUTEILLE, UN VOLUME QUI MATHEMATIQUEMENT NE TIENT PLUS LA ROUTE (ET JE SUIS BIEN PLAC EPOUR LE SAVOIR, JE TRAVAILLE DEPUIS DES ANNEES CHEZ UN DE CES OPERATEURS INTERNATIONAUX), VOYONS SI ON NE PEUT PAS REVOIR EN AMONT, AVEC LES DONNEURS D’ORDRE, ET EN BOUT DE CHAINE, LE CONSOMMATEUR FINAL, SI ON NE PEUT PAS RENONCER A CERTAINS MODELES ECONOMIQUES COMPLETEMENT DEPASSES.
    EN TOUS CAS, NOUS AVONS DU PAIN SUR LA PLANCHE.
    SLT

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