Avignon, Le 14 décembre 2010

La 5ème session « Logistique Décarbonée » se déroulait en Avignon, zone de la Courtine, le 14 décembre 2010. Elle était organisée et animée par Gil DOAT et Nicolas ROGIER. Nous étions accueillis par Hélène Rogier, directrice de l’agence Groupe Heppner. Rappelons que ces sessions sont officiellement soutenues par le Conseil Régional PACA et l’ADEME PACA.logistique-decarbonee-logo1

Etaient présents :

• Jean Claude Sévenier : Consultant en Economie des Transports
• Benoît Carrère : CCI 84 en charge des PDIE
• Dominique Malgras et Sylvie Lucereau : Unicooptrans
• Stéphane Coppey : Conseil régional – Chargé de mission Transports – Animateur FREE
• Monique Teillet : Paprec – gestion et valorisation de déchets
• Madjid Ouache : Conseil Régional – département transport
• Gilbert Bellès et Corinne Payan : Grand Avignon – mission développement durableGd_Avignon.ai

Hélène Rogier présente le Groupe Heppner : c’est un des rares groupes de transport français indépendants : la société est toujours détenue par Jean Schmidt.

La présentation déroulée revient sur les enjeux auxquels va être confronté le secteur des Transports et des déplacements à une échéance pas si lointaine : raréfaction des sources d’énergie, augmentation des prix.
Que ce soit pour transporter des marchandises ou déplacer des personnes, il devient urgent de trouver des solutions pour réduire sa dépendance vis-à-vis de ces sources d’énergie.

Tous les participants s’accordent sur les conclusions même si certains doutent encore de l’imminence de la menace.

Les entreprises ou leurs représentants rappellent qu’il est compliqué d’optimiser des flux au départ de la région PACA quand on sait le réel déséquilibre qui existe entre les flux entrants et sortants.

Jean Claude Sévenier, expert de l’économie des Transports, qui a longtemps agit au sein de la CCIMP, a participé à plusieurs études menées, entre autres, sur le territoire avignonnais. Il précise que ce déséquilibre est dû à la désindustrialisation progressive de la région, conjuguée à une forte augmentation de sa population.

Benoît Carrère, de la CCI84, appuie ce constat : Le développement économique se fait souvent en augmentant les réserves foncières au détriment de la capacité de production. Il ajoute que les secteurs économiques liés à la transformation agro-alimentaire ont presque totalement disparu du département de Vaucluse depuis une dizaine d’années.

Selon Madjid Ouache, du Conseil Régional Paca – Transports, l’aménagement du territoire subit le contrecoup d’erreurs commises dans les années 1980 : décision d’un maillage du territoire très large autour de 17 plateformes logistiques créées en PACA « pour développer l’économie ».
Aujourd’hui, la relocalisation est difficile et les surfaces d’entrepôts sous utilisés.

Cet état de fait se retrouve dans l’offre immobilière logistique locale, précise JC Sévenier : le parc d’entrepôts existants (vétustes, de faible qualité, pas aux normes) pèse lourd sur le marché : il est aujourd’hui difficile de faire face aux nouveaux projets.
B. Carrère donne l’exemple de Bollène, beaucoup d’entrepôts y sont vides, occupant inutilement un espace géographique important.

Gilbert Bellès constate un manque flagrant de communication entre les acteurs : pas de ligne directrice entre les Mairies (qui ont la compétence d’attribution des permis de construire) et les entreprises du territoire. Il est urgent de créer des passerelles entre les entreprises et les institutions !
Le SCOT devrait permettre justement ces échanges, mais pourtant, un nouvel exemple est cité par Benoît Carrère : il n’y a rien dans le SCOT de Cavaillon sur la ligne Logistique (le sujet semble même complètement exclus) – La Logistique est un secteur de très forte consommation de surface par rapport au nombre d’emplois directs créé, ce qui pose bien entendu un problème lors de l’établissement des schémas territoriaux.

Stéphane Coppey pose la question de l’origine des produits consommés en PACA : sur tous ceux qui sont importés, beaucoup proviennent de l’étranger via les ports du nord de l’Europe, ce qui explique que le trafic routier à l’entrée de PACA est beaucoup plus important que celui en sortie
Il y un réel marché pour développer l’activité sur les infrastructures portuaires de la région (GPMM ou Toulon) et de là, développer également l’activité des chantiers multi modaux comme celui de Miramas.
Sur le transport ferroviaire, il y a encore beaucoup à faire : comment mutualiser les transports ferrés pour constituer des wagons ou des trains complets ?
De la même manière qu’un aéroport est destiné à être opéré par plusieurs compagnies aériennes, une plateforme fer (comme celle de Miramas) devrait être multi acteurs et multi offres de service.
Les problèmes de prix et de fiabilité de la SNCF conduisent à un transfert des marchandises sur la route. (cf. l’exemple de Sanofi Sisteron qui retire ses produits du train et les met sur la route).
Selon JC. Sévenier, ce qui est en cause à la SNCF Fret, c’est la fiabilité et le service, plus que la rapidité

S. Coppey rappelle qu’au final, le problème du transport routier réside dans le fait que les prix ne reflètent pas les contraintes (délais, destination) : ce qui devient par ricochet le problème du transport ferroviaire soumis à une concurrence très dure sur les prix.
Comment arriver à impliquer les pouvoirs publics sur le transport de marchandises ?
De son côté, le groupe Heppner réfléchit à mettre chaque jour sur le train une caisse Avignon – Lille : pour cela l’entreprise rationalise au maximum les chargements en provenance et à destination des agences de la région (pour les livraisons ou les enlèvements).

Dominique Malgras élargit le champ de la question : il faut travailler les sujets avec les chargeurs. Exemple simple : la loi oblige à des délais de paiement dans les transports de 30 jours maximum. Quels sont les délais de paiement moyen réels des transporteurs ? Toujours supérieurs à 30 jours. : (50 jours en moyenne pour le groupe Heppner)
La taxe carburant obligatoire en bas de facture, souvent n’est pas mentionnée : la concurrence empêche une réactualisation des tarifs. Et, insiste D. Malgras, les patrons des PME de Transport devraient probablement faire des efforts de gestion interne, valoriser leurs services et renforcer leur image auprès de leurs clients, en commençant par faire respecter les dispositions en matière de règlement de leurs prestations.
Sur la partie transport des déchets, Monique Teillet de Paprec constate et regrette l’absence de projet de revalorisation de bois sur la région, ce qui oblige la société à expédier ses déchets bois dans un centre de traitement en Italie au lieu de faire du local.
Ce sont justement ces projets qui visent au final à réduire l’impact routier du transport dans notre région, que le Conseil Régional souhaite promouvoir.

S. Coppey indique l’ampleur de ces promotions : le fonds FREE (Financement Régional pour l’Environnement et l’Energie) gère une enveloppe de 100 millions d’euros sur 7 ans (dont environ 10% pour le secteur du transport) : le financement est assuré à 50% par le Conseil Régional et à 50% par l’Ademe (l’Etat). Il est de plus malheureux de constater que sur 2010, 2 millions d’euros n’auront pas été attribués sur le volet transport simplement faute de demande!

Les transports de voyageurs sont également concernés par ces subventions, via notamment les PDIE (Plan de Déplacement Inter Entreprises)
Benoît Carrère cite l’exemple des PDE de Auchan et de Ikéa au Pontet.
Les Plans de Déplacement visent à accroître les solutions alternatives à la voiture individuelle. Les transports en commun font partie des pistes à envisager avec parfois des extensions possibles de lignes de bus existantes.
Par ailleurs des entreprises cherchent de manière intelligente à rationaliser leurs moyens, certaines entreprises vauclusiennes de transport de voyageurs par autobus étudient même l’opportunité de charger du fret en soute.

D. Malgras donne le mot de la fin en indiquant que pour lui, le Développement durable doit être beaucoup plus associé à la pérennité des entreprises et c’est sur quoi il faut appuyer.
Les entreprises qui ne s’inscrivent pas dans cette dynamique sont dangereuses pour les autres entreprises du secteur en pratiquant notamment des prix de vente très bas, uniquement pour décrocher des marchés court terme.
Comment susciter un intérêt sur ces sujets ?
Les entrepreneurs de transport se rencontraient souvent auparavant. Une convivialité traditionnellement ancrée au sein d’un secteur qui n’est plus de mise aujourd’hui : la méfiance et la concurrence ont pris le dessus.

La 5ème session « Logistique Décarbonée », organisée ce 14 décembre en Avignon, au-delà des thèmes d’actualité, aura probablement permis à tous les acteurs de se retrouver autour de la même table et de discuter, sans « langue de bois » et avec passion, des enjeux économiques, territoriaux communs pour demain…

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