Dans Blog LES ECHOS – Dominique SEUX 17/01/11
S’ils n’adoptent pas la réforme dont on parle depuis 1992 et votée en 2008, les ports français sont condamnés à une mort lente.

Depuis quelques jours, les ports français sont perturbés, parfois bloqués, par des grèves. Les grèves dans les ports constituent une information tellement banale, répétitive, que personne n’y prête plus

attention ! C’est dommage parce que les ports français, s’ils continuent sur cette voie et n’adoptent pas la réforme dont on parle depuis 1992 et votée en 2008, sont condamnés au déclin.

On s’en souvient : à l’automne, les ports, surtout Marseille, avaient été paralysés pendant plusieurs semaines. Il s’agissait alors de la réforme des retraites et d’un point clef de la réforme portuaire : le transfert au secteur privé des activités d’exploitation, les grues et leurs conducteurs, pour réaliser quelques économies. Cette fois-ci, c’est autre chose.
Aujourd’hui, la CGT décidera ou pas de poursuivre les arrêts de travail pour exiger l’application d’un préaccord qui permettrait à plus de 5.000 salariés de partir à la retraite, pour cause de pénibilité, quatre ans avant l’âge légal.

Un accord dont ne veulent pas Nicolas Sarkozy et le gouvernement. L’Union des ports français et les professionnels de la manutention, le patronat, ont discuté pendant des mois avec les syndicats, en fait la CGT, pour aboutir à cet accord qui n’a cependant pas été formellement signé.

Pour l’Elysée, il n’est pas question d’avaliser un texte qui pose deux problèmes. Un problème économique : cet accord aurait un coût important (140 millions d’euros), qui serait à la charge des ports, qui sont des entités publiques. En clair, le gouvernement n’est pas loin de penser que le patronat et les syndicats se sont mis d’accord sur le dos de l’argent public.

Mais un problème politique aussi : difficile d’envisager que le premier accord sur la pénibilité après la réforme des retraites ne repose pas sur le cas par cas comme prévu. Et il prévoit un départ anticipé à 58 ans, c’est-à-dire même en dessous de l’ancien âge légal de 60 ans. Lui, il propose deux ans au lieu de quatre.

Un peu partout, des assemblées générales vont se réunir – au Havre, à Marseille et à Nantes, là où c’est le plus dur – pour arrêter la grève ou la poursuivre, en bloquant ou ralentissant le trafic marchandises. Les dockers sont évidemment parmi les plus ultras de la CGT, qui ont obtenu au fil des ans un statut enviable avec des revenus conséquents et un temps de travail effectif d’une dizaine d’heures par semaine.

Le problème est que les ports français sont en train d’être déclassés face à Barcelone, Rotterdam, Hambourg. En 1997, 1 million de conteneurs passaient par Le Havre, 2 par Anvers. Aujourd’hui, c’est 2 par Le Havre, mais 8 par Anvers alors que le trafic maritime a explosé. A Marseille, un déchargement est infiniment plus long (en jours) qu’à Anvers (en heures). Les ports ne peuvent pas se permettre d’entrer une nouvelle fois dans un processus long de grèves.

Nicolas Sarkozy va tenir, dimanche soir, c’était en tous cas le mot d’ordre. Ce combat est pour lui important. Quand on l’interrogeait en septembre sur les dix réformes qui resteront de son quinquennat, il citait la réforme des ports dans les toutes, toutes premières.
PS : faute de temps, je n’ai pas pu dire à la radio ce matin ce qu’une source très autorisée m’avait glissé hier : à savoir que Jean-Louis Borloo avait encouragé les négociations entre le Ports et les syndicats, surtout soucieux – alors que les rumeurs bruissaient sur son arrivée à Matignon – de ne pas ouvrir un conflit social … Ce qu’a découvert l’équipe suivante en s’installant !

2 réponses à “Ports, le scandale d’une grève”
  1. François X GPMM dit :

    Lisez le rapport , il semble de tout commentaire !
    http://www.lesechos.fr/medias/2011/0204//0201124640063_print.pdf

  2. Roger LeF dit :

    Je tombe sur ce blog et je vois que vous vous interessez au port de Marseille. je suis chef d’entreprise, modeste PME qui a le melheur d’ être etablie a MARSEILLE. Il ne nous reste plus ou presque que le COLLECTIF TOUCHE PAS A MON PORT de LA Patronale du département 13 pour faire entendre notre voix, UN GRAND SCANDALE !!!
    http://www.collectifport.com/

  3.  
Trackbacks
  1.  
Répondre

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>