Article de Caroline Bruneau dans LE FIGARO du 29/08/11

La deuxième ville française a effectué une opération de grande envergure qui vise à mieux répondre à la demande des habitants et à augmenter le nombre de voyageurs.

230 arrêts nouveaux, 38.000 panneaux changés, 250 nouveaux chauffeurs embauchés, 400 personnes sur le terrain pour aider, 570.000 journaux atoubus-logoexplicatifs distribués : le bouleversement du réseau de transport de surface lyonnais (TCL pour Transport en commun lyonnais) accumule les superlatifs. Pour les concepteurs du projet baptisé Atoubus, il s’agit d’atteindre deux objectifs. En premier lieu, simplifier et rationnaliser un réseau conçu avant-guerre et renforcé par petits bouts sans vue d’ensemble. Deuxième but pour le Sytral, la régie propriétaire de tout le réseau et des matériels de transport, augmenter de 8 à 10% le nombre de kilomètres parcourus et la fréquentation des lignes.

Le projet Atoubus a demandé une planification et des moyens énormes. 130 personnes ont travaillé depuis 2008 aux enquêtes sur le terrain, destinées à mesurer les points forts et les manques du réseau. 4500 employés de Keolis, groupe mondial spécialisé dans la gestion des transports publics, ont aidé ces derniers mois à la mise en place de l’opération. Le coût global de cette transformation est de 42 millions d’euros, dont 2 millions investis uniquement dans les changements de panneaux et de signalétique.

Un changement qui s’est bien déroulé

Pour les voyageurs de l’agglomération lyonnaise et des 65 communes périphériques, le changement est majeur : 26 grandes lignes vont désormais sillonner les voies les plus fréquentées à une nouvelle cadence de dix minutes, toute la journée. Les horaires ont été élargis, de 5 heures à minuit et demie, pour répondre mieux à la demande des habitants. Toutes les lignes sont à terminus fixes, et les trajets sont valables toute l’année, et non plus interrompus pendant les vacances scolaires, comme c’était parfois le cas auparavant. Deux lignes en site propre vont permettre de relier plus rapidement le centre-ville et la gare de la Part-Dieu à la commune voisine de Rillieux-La-Pape, et 17 nouvelles lignes périphériques permettront aux habitants de ne plus passer par le centre-ville pour se rendre de banlieue à banlieue.

Depuis près d’un an le public était préparé à ce grand chamboulement, qui s’est passé sans dégât majeur. Quelques ratés étaient soulignés par la presse régionale, qui regrettait le changement de couleur pour le tramway, dont toutes les lignes sont devenues mauves sur le plan, rendant la lecture de leur parcours plus délicat. Toutes les lignes de bus ont été rebaptisées, même les couleurs du métro ont subi une cure de toilettage, perturbant un peu les voyageurs. Des noms énigmatiques ont fait aussi leur apparition : les lignes de nuit sont devenues les poétiques lignes PL (pour pleine lune) et le système de lignes à la demande répond désormais au franglais Resago (pour «réservation go»).

Grâce à ce changement, unique en Europe par son ampleur, Lyon s’est fixé un objectif ambitieux : celui d’un trajet sur trois effectué en transport en commun d’ici 6 ans.

Les changements opérés par la TCL s’appuient sur les résultats d’une enquête menée auprès des clients des transports en commun en 2008 et 2009 et de la synthèse réalisée par l’opérateur privé Keolis en 2007. S’appuyant sur des données de l’Insee et des enquêtes de terrain, il s’agissait de cerner les habitudes et les nouveaux besoins des Français en matière de transport public. Les résultats de ces deux études ont réservé des surprises, qui ont orienté la TCL dans l’aménagement de son plan de transport:

L’apparition des 35 heures a changé le rythme des semaines des Français : seuls 50% des gens travaillent du lundi au vendredi. Parmi les salariés, seuls 35% d’entre eux arrivent et repartent du travail aux heures de pointe (7h30-9h et 16h-18h30) et 60% ont des horaires variables ; 1 salarié sur 5 quitte le bureau après 20 h et 15% arrivent au travail entre 9h et 11h le matin.

Le samedi est un jour de pointe pour les voyages de banlieue à centre-ville, lorsque les habitants vont faire leur shopping.L’arrêt des lignes le week end est une aberration quand on cherche à réduire le trafic automobile.

Beaucoup de citadins n’ont pas d’enfants en âge scolaire et sont pénalisés par le raccourcissement des lignes ou les changements d’horaires pendant les vacances scolaires. Une donnée prise en compte par la TCL, qui a décidé de ne plus modifier les trajets lors des congés des enfants.

Le citadin aime sortir le soir. Le rallongement des horaires est donc une condition indispensable si on veut que les gens utilisent aussi les transports en commun pour leurs déplacements privés.

Les retraités sont les plus nombreux à utiliser la voiture. La génération du Papy boom en train d’arriver à la retraite est restée très attachée à son véhicule: c’est un défi d’arriver à lui faire prendre le bus.

Les personnes très âgées, dont le nombre ne cesse d’augmenter, ont besoin du bus ou du tramway pour se déplacer. Leurs demandes spécifiques sécurité, éclairage, simplicité des parcours et accessibilité – devront être prises en compte dans les nouveaux aménagements.

Les voyageurs ayant un problème de lecture ou ne maîtrisant pas le français doivent être aidés. Le nombre d’illettrés estimé en France à environ 5 millions. À Lyon, 150.000 personnes sont concernées par des problèmes de lecture, une donnée prise en considération dans l’installation de la nouvelle signalétique.

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