Article de Ludovic DEBLOIS publié dans LES ECHOS du 26/11/11

Garantir des emplois futurs dans notre pays implique de relancer l’activité industrielle. A quoi ressemblera notre industrie d’avenir ? Comment conserver une partie de notre savoir-faire ? Fabriquer ou transférer ?

Le semaine dernière, nous avons eu deux actualités : Peugeot Scooter devrait fermer une usine en 2012 et Polaris, société américaine, leader mondial des véhicules tout terrain, rachète Goupil, fabricant français de véhicules utilitaires électriques. D’un côté on se sépare d’une usine française, de l’autre notre industrie est vendue à une multinationale.

Ces deux faits diamétralement opposés sont symptomatiques des maux que rencontre notre pays. Parmi les pistes à explorer pour y remédier, trois axes méritent notre attention : l’invention d’un nouveau modèle industriel, la construction de transferts technologiques mieux pensé en amont, et la restructuration de l’accompagnement financier.

Réinventons notre industrie

Une des premières approches consisterait à repenser notre supply chain en s’appuyant sur le principe « fabriquer ici et ailleurs », c’est à dire concevoir son process industriel de telle manière qu’une partie de la valeur reste en France tout en favorisant la conception de micro-usines au plus près du lieu de consommation. C’est ainsi que MDI, fabricant de voiture à air comprimé, invente en 1999 un concept permettant de réaliser 80% des véhicules dans des usines à faible cadence pour alimenter un marché régional. On remplace alors la production de masse par des petites unités.

Cette option nécessite de penser les lignes de production et d’assemblage dés la conception. Ces micro-usines deviennent alors des concessions, dédiées à un pays ou à une région dans le meilleur des cas, dont la survie tient principalement à l’existence d’un marché local plus qu’à une bataille de prix.

Certains éléments pourront être fabriquées à fort volume, principalement les matières premières dont les investissements industriels coûteux obligent la production de masse, tandis que l’on maintiendra localement la réalisation du produit final. Cette approche demande de réinventer nos concepts industriels essentiellement fondés sur l’idée que produire en grande quantité permet d’être plus compétitif, ce qui s’avère vrai dans certains cas, mais nous rend fragile et peu flexible dans d’autres cas.

Une stratégie forte de propriété intellectuelle

Les grands pays de ce monde sont à l’affut des nouvelles technologies, dont la mise sur le marché doit être rapide dans un environnement concurrentiel, pour maintenir leur croissance industrielle. La France, pays d’inventeurs, peut construire un modèle intelligent lui garantissant le transfert de technologie tout en protégeant notre savoir-faire. Le marché de l’innovation est en croissance, les acheteurs construisent leur veille jour après jour.

La protection de nos idées doit donc être le premier chantier. Beaucoup de nos PME connaissent trop peu l’environnement de la propriété intellectuelle. Pourtant, c’est par là que tout commence. Comment protéger nos idées ? En France, il existe plusieurs cabinets de conseil dans ce secteur mais leurs travaux se limitent trop souvent à la rédaction des brevets, donc à une prestation « juridique ». La protection d’invention demande la mise en place d’une véritable stratégie qui doit intégrer le mode de commercialisation de la technologie mais surtout l’implantation, très en amont, d’une feuille de route permettant soit de se défendre soit d’attaquer. Quelques spécialistes proposent ces services mais ils sont peu nombreux à avoir l’expertise.

L’autre point fondamental est de définir très tôt la méthode d’industrialisation de sa technologie afin de renforcer son savoir-faire. Si une partie de la fabrication ne peut se faire en France, cela permet au minimum de maintenir l’activité de la Recherche et Développement jusqu’à la maîtrise de l’outil industriel qui lui sera transféré. Mais transférer ne signifie pas, se séparer de tout. Garder la maîtrise de cet outil industriel après l’avoir transmis permet de le faire évoluer, et le cas échéant de réaliser de nouvelles opérations commerciales ou de conserver la possibilité de fabriquer soi-même. La maîtrise du savoir-faire industriel et la cession de licence d’exploitation de la propriété intellectuelle représentent des aspects essentiels pour assurer la protection de nos entreprises innovantes.

Rénovons notre approche de financement

Autant il est difficile de restructurer des grosses industries, autant nous pouvons agir dés maintenant sur les technologies et produits innovants portés par des entreprises nouvelles. Cela passe notamment par le financement de l’amorçage, c’est à dire l’accompagnement des entreprises à leur naissance. De la structure de business angels à l’institut public local, une start-up finit souvent par trouver un guichet intéressant pour leur développement si leur projet est suffisamment innovant.

En revanche, lorsqu’il s’agit de lancer des vastes programmes d’investissement pour rentrer dans une phase d’industrialisation, les solutions se font plus rares en France. Là où des fonds d’investissements étrangers investissent gros sur une vision ambitieuse porté par un entrepreneur et son équipe, nos organismes français investissent petit en minimisant le risque. Nous ne sortirons pas de cette crise sans tenter. Comme l’explique Cyril Delattre dans sa tribune « Ceci n’est pas une crise… c’est une mutation », nous devons saisir l’opportunité d’un monde en transformation pour tester des pistes. Prendre des risques élevés, c’est accepter de gagner gros. La réindustrialisation passera forcément par la restructuration de nos organismes financiers.

Ce sont là quelques axes de réflexion car de nombreux défis nous attendent, et les préoccupations environnementales devraient nous aiguillier plutôt que nous freiner. Tout comme l’économie circulaire favorise la mise en place d’un cycle de recyclage performant, la prise en compte de la rareté des ressources et du bilan produit dans la conception de nos solutions doit nous guider vers un nouveau modèle d’industrialisation et vers une supply chain et une organisation logistique plus performante. Si l’énergie devient coûteuse et si les impacts de pollution sont intégrés dans le coût final des produits, via la mise en place d’une législature internationale, alors le « fabriquer local », ici et ailleurs, pourra apparaître comme une perspective d’avenir.

 

2 réponses à “Trois axes pour une France plus industrielle”
  1. KIRIKOU31 dit :

    Vous vous souvenez ???? Le « Small Business Act »
    http://ec.europa.eu/enterprise/policies/sme/small-business-act/index_fr.htm
    Où en est-on aujourd’hui franchement ???

  2. Olivier64 dit :

    Renault et Peugeot sont restés avec des vieux schémas et des structures anciennes, dont ils ne savent comment se défaire. Ils ont coulé Matra Auto, Ctroën et bien avant Talbot, Panhard, Simca…La créativité et l’innovation, c’est pas leur truc. Alors ces pachydermes tirent sur tout qui bouge et leur chatouille leurs pieds d’argile.

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