Compte rendu de la 9ème session Logistique Décarbonée du 21/02/12 à Rousset, animée par Nicolas ROGIER, du cabinet GARRULUS CONSULTING et Gil DOAT, de BOUCLETIK.

Nous remercions la société ST Microelectronics pour l’accueil réservé à notre session, ainsi que pour l’excellence de son organisation.

Après un mot de bienvenue de Corinne GASCON-RUIZ et d’André DUMAS, de ST Microelectronics, un petit-déjeuner d’accueil permet à chaque participant de faire connaissance.

Avant même le premier tour de table, le jeu de rôle Logistique Décarbonée permet en petits groupes d’entrer dans le vif du sujet : Il s’agit d’endosser les habits d’un élu territorial aux prises avec des choix sur les 10 prochaines années quant aux politiques à mener sur certains domaines (logement, transport, attractivité du territoire et actions environnementales) en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Attention : les animateurs précisent que certaines actions ne sont pas populaires, des décisions risquées pourront fatalement conduire à une éviction à la fin du mandat !

Ce jeu en groupe de 3 ou 4 a permis de « briser la glace », de se connaître avant d’aborder la présentation.

Etaient présents à cette session :

André DUMAS, Corinne GASCON-RUIZ, Joseph SALVETTI, Bruno ALBACETE, Frédéric JATROPLOULOS de la société ST MICROELECTRONICS

Stéphane COPPEY et Diego CLEMENTE du Conseil Régional PACA Transports

Yannick ROBERT, de la CPA (Communauté d’agglomération Pays d’Aix)

Philippe MONCHAUX, de LFoundry, Romain PEISSON des Transports BOVIS

Christine FABRE, présidente du GIHVA, et dirigeante de la Société Provence Europagro

Isabelle PANNELIER, Céline LUGBULL, Christophe TERRIER, de GEMALTO (Aubagne)

Emmanuelle CHAMPAUD de Veleance, Maud SAINT-SORNY, de Solaire Direct, Magali PASCAUD, de Protecthoms, Mathieu PRIEURE, de la société BARJANE

Daniel IRIMIA, consultant Garrulus Consulting basé à Toulouse, et Audrey BOURNAS, juriste environnemental.

Excusé :

Jérôme CICILE, de l’ADEME PACA – Transports Energie

Notre session avait une fois encore l’ambition de renforcer les liens entre les élus, fonctionnaires territoriaux et acteurs économiques locaux, qu’ils représentent de grands groupes internationaux ou des PME ancrées localement. L’idée maîtresse étant d’aborder la problématique des Transports (fret et personnes) au regard d’une approche Développement Durable, d’échanger sur une réalité territoriale complexe (le bassin Rousset-Aubagne) et de mettre en commun des pratiques, expériences et choix pour l’avenir, le tout dans une perspective pragmatique et opérationnelle.

Le consensus est de mise concernant les actions à mettre en place pour les Transports, néanmoins de nombreuses pressions pèsent sur les opérateurs de la chaine. Ces contraintes proviennent du marché, des politiques publiques et de la société civile.

Enjeux énergétiques : La problématique du pétrole

Le principal enjeu abordé est celui de la réduction des émissions de GES (gaz à effet de serre). « Décarboner »la logistique (fret et personnes) pour diminuer l’impact environnemental demande des investissements de départ lourds pour les entreprises et des politiques volontaristes.

Le pétrole bon marché a permis pendant longtemps un réel développement des transports et de la mobilité, cependant depuis 2003 il ne cesse d’augmenter. Il faut donc naturellement se poser la question de l’évolution du prix du pétrole.

Nous assistons vraisemblablement à une hausse constante de la demande et à une baisse de la production due en partie à l’épuisement de la ressource fossile. De plus, la question du pétrole sur la scène politique internationale est complexe et sensible !

Enfin, il serait nécessaire de faire apparaître les couts environnementaux de l’énergie et des GES pour mieux guider les choix. Internaliser les couts de pollution afin de prendre en compte la raréfaction de la ressource.

Deux grands leviers d’action pour infléchir la tendance

Face à cette situation de fait, comment agir concrètement ? Il apparaît que deux grandes familles de leviers complémentaires peuvent être actionnées :

La contrainte réglementaire et les dispositifs d’incitation

L’appareil législatif multiplie ses outils pour encadrer davantage la problématique des transports : Loi Grenelle, bilan carbone, taxe PL, norme euro, outils d’aménagement du territoire (PDE, agenda 21, Plan climat, PLU, SCOT…)

On comprend bien que l’action, en Région, localement et sur des bassins d’emploi bien circonscrits (comme les ZI de Rousset et d’Aubagne) des élus et leurs relais chefs de missions, des services de l’Etat ou de la Région est essentielle.

Nous avions pour en parler à cette session, Stéphane Coppey, chef de mission Transports de la Région PACA, Yves ROBERT, en charge du SCOT et Ch. Fabre en qualité de présidente du GIHVA.

Initiatives privées

Au travers d’innovations technologiques, d’organisation ou d’aménagement, les entreprises renforcent leur solidité.

Or, en ce qui concerne les Transports et la nécessité de maîtriser les flux dans une perspective de Développement Durable, on comprend bien la nécessité de mutualiser les besoins des uns et des autres afin d’être plus efficace dans les déplacements. Et d’améliorer la convergence des services logistique et environnement au sein des entreprises.

Problématiques des entreprises :

Les déchets

La question des déchets doit être examinée au sein des entreprises (Tri, recyclage, démantèlement…)

La société ST enregistre plus de 8 tonnes de déchets/an. La société Alinéa essai de revaloriser ses déchets en leur imaginant une seconde vie (bois, plastique, verre…).

L’offre de transport

La question de l’offre de transport limite les entreprises.

En effet, concernant le rail, le réseau est peu développé d’ouest en est, certaines parties du territoire sont trop peu desservies. Il est nécessaire d’améliorer le transfert modal. Pour cela Stéphane Coppey précise que c’est bien en mutualisant les trafics des entreprises présentes sur des zones proches que l’on pourrait alors organiser un vrai report modal conséquent. Il faudrait, pour plus d’efficacité dans la prise de décision, lorsqu’elle est techniquement possible, pouvoir compter sur des « comités de report modal » qui aurait pour vocation de piloter la mise en œuvre des décisions opérationnelles de transfert de la route sur le fer du fret concerné.

Les outils des collectivités

Le SCOT du pays d’Aix, brièvement commenté par Yves Robert, constitue un lien entre les politiques nationales d’aménagement et les politiques publiques locales. Le PADD (projet d’aménagement et de développement durable) fixe les objectifs des politiques publiques des transports (entre autre chose).

En ce qui concerne ce document diagnostic et de prospective, on comprend bien les ruptures qui se sont mises en place sur ce territoire de Rousset-Aubagne, la fragilité des équilibres.

Notons au passage la publication de l’excellent ouvrage produit par le GIHVA, « De la mine à la puce » qui met en exergue ces changements profonds du pôle industriel de la haute vallée de l’Arc.

Les subventions peuvent également dynamiser les actions des entreprises (aide FREE).

S Coppey présente les différents projets et actions dont la Région est partie prenante dont notamment la création d’un nouvel opérateur ferroviaire à partir d’avril 2012 : RDT13. Cette création fait suite notamment à la volonté de la SNCF de se désengager de l’activité « wagon isolé », ce qui l’obligerait à consolider plusieurs clients en groupage pour constituer un train complet : ce sera donc la mission d’un opérateur comme la RDT13.

La sensibilisation à l’environnement

Les entreprises sont peu informées de la législation à laquelle elles sont soumises, leurs possibilités en matière d’environnement doivent être plus claires et transparentes.

Organisation logistique :

André Dumas présente les approvisionnements de STMicroelectronics en rappelant que la production de semi-conducteurs ne nécessite pas de gros tonnages : 32 tonnes par an de Silicium seulement… mais qui nécessitent 8000 tonnes de produits chimiques en flux d’approvisionnement.

La dangerosité de ces produits chimiques impliquent qu’il n’est pas judicieux, selon Jean-Maurice Ramirez, de grouper encore les livraisons pour réduire le transport : en effet il préfère conserver des quantités réduites pour réduire les risques liés au stockage de produits dangereux.

Les flux sortants ne représentent quant à eux que l’équivalent de 4 palettes par jour maximum, ce qui relativise la problématique des livraisons.

• Soit des livraisons urgentes par un intégrateur comme DHL

• Soit du groupage vers une centrale logistique puis du transport aérien

Pour LFoundry, P Monchaux indique que les approvisionnements proviennent uniquement d’Europe.

Chez Gemalto, I Pannelier explique qu’ils essaient de contrôler leurs importations et leurs fournisseurs notamment par une politique de sélection selon des critères éthiques et environnementaux.

Romain Peisson de son côté présente l’organisation des Transports Bovis : 4 semis en entrée par jour pour 15 véhicules de livraison en sortie

Maud Saint Sorny regrette que pour des raisons d’organisation et de délais, les importations de Solaire Direct en provenance de leur usine d’Afrique du Sud arrivent par voie maritime sur Anvers ou Rotterdam plutôt que Marseille alors qu’au final les livraisons sont à destination essentiellement du sur de la France !

Pour D Delpal, l’optimisation logistique et économique a été un moyen de se préoccuper des questions environnementales : au début, la société privilégiait la route plutôt que le rail pour son côté pratique, mais depuis la mise en place du prix du carburant inclus en pied de facture, la route est devenue plus chère que le rail (TAB ou Lomak sont leurs fournisseurs principaux) : 35% des transports se font par le rail désormais.

Mais, selon D Delpal, il manque des lignes au départ de Marseille qui leur permettraient des liaisons plus régulières vers Nice ou vers Bordeaux ou vers le nord est : ces destinations sont plus facilement desservies depuis leur 2nd entrepôt dans le nord de la France.

Tous les approvisionnements viennent d’Europe Centrale : cette provenance est plus intéressante que l’Asie en terme d’immobilisation du matériel (moins de délais de transport, donc moins de trésorerie immobilisée).

Déplacements, PDE / PDIE

Isabelle Pannelier pose la question de savoir pourquoi les vélos ne sont que très peu présents dans les ZI/ZA.

C Fabre apporte une 1ère réponse : il s’agit souvent d’un problème d’entretien, mais également d’un problème de rentabilité pour l’opérateur : en effet les vélos sont très peu utilisés hors des pauses déjeuners. André Dumas précise quant à lui qu’un test a été réalisé de mise à disposition de vélos sur le créneau du déjeuner mais cela a eu un succès mitigé qui a conduit à un arrêt de l’initiative de ST.

Philippe Monchaux précise également que 5% des employés seulement habitent sur Rousset du fait du manque de capacité d’hébergement en local. Ceci est un vrai frein à la fluidité des déplacements domicile / lieu de travail.

Pour rebondir sur la présentation du SCOT par Yves Robert de la CPA, C Fabre indique que le problème de Rousset est que la zone est hors des grands trajets de transports en commun développés par la Région ou par la CPA (étoile vers Aix ou Aix Marseille), ce qui ne lui permet pas de bénéficier des infrastructures en place, mais oblige à développer des lignes spécifiques.

C Terrier présente de son côté les 3 principaux axes du PDIE d’Aubagne Gémenos :

Développer les transports en commun

Développer le covoiturage

Développer le vélo

La ville d’Aubagne prête des vélos aux résidents – contrat d’entretien avec Décathlon

Outils

Un certain flou entoure les outils d’analyse des émissions des gaz à effet de serre (GES) :

quel est le périmètre de cet outil ?

quel est le périmètre de la loi ?

quelle utilisation sera faite des données collectées par la Préfecture ?

Il est donc rappelé que l’outil Bilan Carbone® est une marque déposée par l’Ademe. Il étudie exhaustivement les postes suivants de l’organisation :

Energie consommée

Achats de l’entreprise

Transport de marchandises (amont – intra – aval)

Déplacement des personnes (collaborateurs et visiteurs)

Déchets

Immobilisation

Emballages, déchets et fin de vie pour les manufacturiers

La loi de juillet 2011 rend obligatoire une analyse des émissions de GES pour les entreprises de plus de 500 personnes, uniquement sur le périmètre direct de l’entreprise :

Energie consommée

Tous les autres postes sont optionnels vis-à-vis de la loi ; mais permettent de mettre en place une réelle politique de réduction des gaz à effet de serre dans son entreprise.

Un autre outil existe pour analyser les émissions de GES des transporteurs : Objectif CO2, Charte d’engagement volontaire des transporteurs : l’Ademe souhaite dynamiser cette charte dans la Région et accompagne donc méthodologiquement et financièrement les entreprises qui se lancent dans cette démarche : contactez-nous pour en savoir plus.

Christine Fabre annonce que le Gihva n’a pas encore travaillé sur la mutualisation des services de transport ou de logistique : après l’expérience de la mutualisation de la gestion des déchets, il serait opportun d’étudier ce sujet avec les entreprises de la zone : peut-être avons-nous ici l’exclusivité du prochain chantier de l’association ?

Pour LFoundry, rappelle P Monchaux, les émissions de CO2 viennent surtout des chaudières plutôt que de leur process industriel : ils travaillent ainsi à la réduction de ces émissions par la mise en place de pompes à chaleur

Gemalto s’et penché sur la norme ISO14001 et regrette que cette norme ne les concerne finalement que très peu (gestion des déchets minime pour l’entreprise par exemple) et n’adresse pas du tout les problèmes de transport.

R Peisson chez Bovis a un projet d’études CO2 et de mise en place d’achats responsables

Solaire Direct existe sur Rousset depuis 2007 – 60 personnes sur site – 300 personnes en France : ils ne sont pas concernés par la loi, même si le sujet les intéresse au plus au point selon M Saint Sorny qui regrette également que le sujet du transport ne soit pas abordé dans la norme ISO14001

Pour Alinea chez qui les meubles représentent une part non négligeable des produits, se pose la question de l’origine du bois qu’ils utilisent pour certains meubles : ces questions sont liées aux problèmes de déforestation.

La session se termine de manière conviviale autour d’un buffet.

A l’issue de ce déjeuner, une visite du site et notamment de la salle blanche est organisée par STMicroelectronics, visite à laquelle ont pris part une quinzaine de participants.

Nous remercions toute l’équipe de STMicroelectronics pour leur accueil et leur gentillesse.

Nous remercions également Christine Fabre pour son accueil en amont de la session et son aide à la préparation de cette demi-journée.

 

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