La 11ème session LOGISTIQUE DECARBONEE s’est déroulée à Aubagne, au siège de la société CANAVESE, le 15mai 2012 et a bénéficié du soutien de l’UPE13 (notamment en la personne de Sylvie TORLIGUIAN et son équipe). Nous sommes accueillis par la Direction de CANAVESE, une des principales sociétés régionales opérant sur les filières importation, stockage et distribution de fruits et légumes.

Après un mot de bienvenu de M. Gérard CANAVESE, PDG, impliqué dans le développement et l’ancrage territorial des entreprises et également membre du Conseil exécutif de l’UPE13 en qualité d’élu pour le collège Commerce, nous comprenons que LA FORCE VERTE qui anime la société CANAVESE depuis plusieurs décennies est naturellement associée à la préoccupation autour des enjeux exposés au cours de notre session.

Cette session s’est, entre autres sujets, centrée sur le recours au transport combiné rail-route comme option efficace permettant de développer une offre de transports à même de concurrencer le tout-routier et de réduire les impacts CO2 ainsi que la saturation des axes routiers.

La richesse des apports du groupe a également permis d’engager une réflexion « opérationnelle » quant à l’opportunité d’un interventionnisme institutionnel en matière de transports pour inciter à agir sur les problématiques environnementales.

Nous avons tout d’abord rappelé les enjeux climatiques, posé les données régionales et argumenté sur les forces et les faiblesses de la situation actuelle. Chacun des représentants des entreprises a pu exposer les réalités des problématiques de marché et de contraintes qui lui sont propres, faire part des expériences menées sur le mode ferroviaire, livrer des exemples précis.

Les échanges nourris, basés sur des retours d’expériences très opérationnels ont été de nature à produire une appréciation et une perception actuelle de l’offre de transport routier et ferroviaire, et de permettre à la Région PACA d’échanger positivement sur des études d’opportunités sur les compétences dont elle a la charge.

Présents le 10 mai 2012 :

Vincent CANAVESE – VCA – CANAVESE

• Bruno DURAND – BDU – CANAVESE – Directeur Transport

• Patrick LANDES – PLA – CANAVESE

• Stéphane COPPEY – SCO – Région PACA

• Philippe RIBEYRE – PRI – Transports LUBAC

• F VALAITIS – FVA – Transports LUBAC

• Marie-Dominique MILLAN – MDM – PEBEO Industries

• Frédéric BEGUET – FBE – DHL Express

• Djamila BOUCHEBABA – DBO – DHL Express

• Yves BAUDREY – YBA – Expert Distribution CHD

• Pascale MANCHE – PMA – EQSEL

• Nicolas ROGIER – NRO – Garrulus Consulting

• Gil Doat – GDO – Bouclétik

Suivent les interventions des participants :

Une présentation générale de la société CANAVESE était assurée par Vincent CANAVESE, complétée en début d’après-midi par une visite des installations guidée par Bruno DURAND, Directeur Transport, lors de laquelle les circuits d’approvisionnement et de distribution nous seront parfaitement expliqués avec un focus tout particulier sur le process de mûrissage des bananes de Côte d’Ivoire.

Au cours d’un premier tour de table, les participants exposent globalement les problématiques Développement Durable qui s’appliquent à leur propre organisation et de quelle façon chacune d’entre elles abordent, concrètement ou virtuellement, ces enjeux en faisant le constat unanime d’une perception de « banalisation des transports » ces dernières décennies qui ont mené à ce que le consommateur final s’est habitué à bénéficier de prestations faciles, (Djamila BOUCHEBABA) que l’on est habitué à s’approvisionner loin et n’importe quand ».

Frédéric BEGUET, de DHL Express, reconnaît pour sa part que la disponibilité du pétrole est inéluctablement associée à la pérennité d’une entreprise comme DHL qui opère essentiellement des avions pour les transports de marchandises.

Bruno DURAND, directeur des transports de CANAVESE fait le constat que « tout s’est complexifié ». Faut-il revenir à ce qui se faisait il y a 10 ans ? Est-ce que cela est bénéfique d’un point de vue des émissions de GES ? Voilà des questions ouvertes où l’on peine à répondre. BDU fait remarquer, parlant de la filière négoce fruits et légumes : « toute une organisation s’est mise en place, on ne stocke plus, on ne saurait plus faire comme avant ».

Pour s’engager sur une démarche Développement Durable pour CANAVESE (LA FORCE VERTE depuis des années), BDU indique que les difficultés ne tiennent pas à la technique et au matériel, ce qui est relativement facile à résoudre, mais à l’alchimie dans la mise en œuvre !

Marie-Dominique MILLAN, Responsable Transports chez PEBEO Industries, un industriel de la peinture de luxe qui commercialise auprès de circuits spécialisés indique que le chargeur est également contraint par la réalité des modèles de distribution actuels adossés à des processus d’achats centralisés qui visent à éliminer les stocks. L’éloignement de la réalité des besoins sur les points de vente génère des ruptures de stocks et en cascade des couts de transports supplémentaires (+12% observés chez Pebeo Industries).

MDM illustre son propos à partir de la réalité vécue chez PEBEO Industries : Lorsqu’un produit n’est plus en rayon, le magasin le commande pour livraison en urgence. Or, le magasin sait qu’il va être en rupture de stock ; il devrait pouvoir en théorie commander avant qu’il n’y ait plus rien dans le rayon. Le problème réside bien, d’après elle, au niveau de la centralisation des achats chez certains clients qui a conduit à une déconnexion complète de celui qui achète les produits (dans un siège social) avec celui qui les mets en rayon (le magasin) : de ce fait la commande est déconnectée de la prévision et les livraisons doivent être faites en urgence (jour A / jour B)

Patrick LANDES, de CANAVESE, indique que, d’après lui, la crainte d’une image négative peut être un axe de motivation important pour certaines entreprises, à l’image de Sibel ou Findus, de bonifier leur organisation.

Stéphane COPPEY résume en faisant un clin d’œil : « on est forcés à faire de l’anti-environnement ! » mais reste convaincu que « beaucoup de choses peuvent être impulsées ! »

Patrick LANDES, de CANAVESE, abonde dans ce sens en indiquant que sur la filière fruits et légumes, « les clients en bout de chaine ne savent même pas ce qu’ils commandent ! ». Bruno DURAND précise que d’après lui, les organisations logistiques actuelles impliquent qu’ « il faut accélérer les rotations » (réduction des stocks, multiplication des transports urgents),, ce qui implique des processus automatiques avec finalement « des gens formatés »qui n’ont plus l’habitude d’anticiper et de prévoir les organisations à l’avance.

De nouveaux modèles logistiques ?

Philippe RIBEYRE de son côté expose la problématique à laquelle se heurtent les transports travaillant pour les enseignes de la grande distribution : « On ne nous passe rien ! » insistant sur la tension qui pèse sur les livraisons sur les plateformes et qui n’admettent ni délais ni retards d’aucune sorte : ces exigences vont à l’encontre de toute problématique environnementale au bénéfice uniquement de la simplification et de la déresponsabilisation de ces distributeurs : on a même vu des enseignes exiger du transporteur qu’il demande à son chauffeur de mettre les marchandises livrées en rayon !.

Il faut absolument revoir le modèle logistique sur certaines destinations analyse Bruno DURAND : on risque de s’acheminer vers des livraisons 1 fois par semaine vers des zones faibles économiquement et toujours 1 fois par jour vers les centres des grandes villes.

Exemple des stations de ski où en saison sur les coups de 7h00 du matin, plusieurs dizaines de camions acheminent qui une caisse de fruits et légumes, qui un carton de viande, qui une palette d’eau minérale,…

Il serait beaucoup plus approprié de profiter d’un grand entrepôt en vallée pour grouper toutes les livraisons et n’envoyer qu’un camion dans chaque station

Stéphane COPPEY remarque : « on ne conçoit pas encore que le transport soit un élément de décision ; celui-ci reste mineur dans la chaine de valeur ».

 

Comment répercuter les couts annexes sur les chargeurs, notamment l’impact environnemental ?

Bruno DURAND précise que les gros donneurs d’ordre (à l’exemple de GEODIS) considèrent que la part du carburant dans les couts des transporteurs sous-traitants représente moins de 25% et acceptent de passer des ajustements de tarifs exclusivement sur cette base. Il y a fort à parier que dans cette logique d’écrasement des prix, de nombreuses PME de transports, considère BDU, celles qui n’auront pas été capables risquent d’être amenées à disparaître (notamment celles qui n’auront pas la taille critique suffisante, voire qui n’auront pas mis en œuvre une véritable culture du pilotage et de la performance). De son coté, Frédéric BEGUET, DHL, voit lui une concentration du marché autour d’une poignée d’opérateurs, (ex. : absorption de Sernam par Géodis ; fusion de Mory avec Ducros Express) ce qui pourrait, en conséquence avoir un impact sur une remontée très significative des prix des prestations de transport et être bénéfique.

Il faut tout de même reconnaitre, ajoute, BDU, que « les grands opérateurs évitent de faire n’importe quoi ! ».

Pour F. VALAITIS, des Transports LUBAC, la solution de survie pour une entreprise de transport est la diversification : on sait depuis plus de 20 ans que le transport ne permet pas de rentabiliser une entreprise. Certaines ont su se diversifier : Norbert Dentressangle propose des prestations complètes de gestion de logistique globale pour Décathlon par exemple (appro – stockage – préparation de commande – picking – distribution – retours). Il s’agit néanmoins d’une minorité.

Il insiste également sur le fait que les organisations professionnelles ne défendent pas suffisamment les professionnels du TRM : « En France nous avons un problème avec les fédérations qui ne défendent pas assez l’intérêt des transporteurs (FNTR, TLF) contrairement à l’Italie par exemple. »

Sceptique sur l’intérêt de la charte CO2 qui selon lui n’apporte peut-être pas une valeur ajoutée suffisante qui puisse être valorisée auprès des clients, FVA s’interroge par ailleurs sur le levier « motivation » réel que peut proposer l’outil Charte EV CO2 du fait, d’après lui, que s’il apparait relativement facile de mobiliser une Direction de PME, cela semble impossible pour la population Chauffeurs s’il n’y a pas un bonus. Idée dans laquelle abonde également Patrick LANDES, de CANAVESE.

Toujours concernant la charte EV CO2, Frédéric BEGUET, de DHL indique que le groupe rallié à la DEUTSCHE POSTE a signé la charte d’engagements volontaires avec l’Ademe en 2009, mais n’a pas réitéré l’expérience surtout dû au fait que le soutien méthodologique de l’Ademe sur le remplissage « extrêmement complexe » du tableur paraissait très insuffisant.

Une discussion s’instaure autour de la régulation du marché par les pouvoirs publics : une partie de l’assistance est contre ce principe en se basant sur une autorégulation forcée du marché.

D’autres, au contraire, estiment que le marché ne s’autorégulera pas dans le sens d’une responsabilité environnementale, et qu’il doit être, en cela, aidé par certaines incitations ou sanctions réglementaires.

Est ensuite abordé l’importance grandissante des transports associés aux commandes de commerces en ligne, avec les conséquences observées sur des cycles de livraison en zone urbaine ou périphériques qui apparaissent peu cohérentes avec les préoccupations environnementales abordées au cours de notre session. On assiste alors à de véritables « aberrations » citées par de nombreux participants. Bruno DURAND expose son point de vue en indiquant que, d’après lui, bien peu d’entreprises gagnent de l’argent avec internet (Carrefour). Le point de blocage est précisément la distribution finale qui est prohibitive. Il prévoit de futurs regroupements générés par une « autorégulation » car le transport reprendra sa place naturelle. BDU indique qu’on est actuellement face à une « stratégie d’occupation du terrain. »

Phénomène identique sur les activités de transport de produits frais (alimentaires pour le circuit CHD). Les sociétés TRANSGOURMET et BRAKE imposent désormais sur pied de facture un surcoût pour l’absorption des frais occasionnés par certaines tournées (ex : livraisons de 7 ou 8 distributeurs différents sur le même point de vente CHD en station de ski en hiver).

Yves BAUDREY, expert dans la distribution de boissons sur le circuit CHD sur le département des Bouches-du-Rhône, reconnaît l’intérêt largement insuffisant accordé aux transports et à la logistique dans une profession « commerçante » qui paradoxalement est aux prises avec des contraintes considérables (difficultés dans les livraisons des centre-ville, sanctions, etc.)

La 11ème session LOGISTIQUE DECARBONEE s’achèvera, une fois encore, sans « langue de bois », autour d’un buffet campagnard servi dans les locaux même de CANAVESE dont nous avons apprécié l’hospitalité et que nous remercions.

 

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