Pour cette 12ème session LOGISTIQUE DECARBONEE – et dernière avant la période estivale – qui s’est tenue le mardi 5 juin, nous avons choisi la ZI de Clésud, dont la vocation originelle et les spécificités de gouvernance permettent une compréhension intéressante des enjeux liés au report modal dans notre région.

Nous tenons à remercier en premier lieu l’EPAD Ouest Provence qui s’est étroitement associé à l’organisation de cet évènement et a mis à notre disposition les installations de la ferme des Molières pour la tenue de la session.

Enrichie de la présence de chargeurs et prestataires en logistique opérant des flux au niveau national et international, cette session s’est, une nouvelle fois, centrée sur le recours au transport combiné rail-route comme option alternative au tout-routier et de réduire les impacts CO2 ainsi que la saturation des axes routiers. Ont été également abordés de façon connexe mais pertinente la réalité des enjeux liés au transport des personnes salariés.

La richesse des apports du groupe a également permis d’engager une réflexion « opérationnelle » quant à l’opportunité d’un interventionnisme institutionnel en matière de transports pour inciter à agir sur les problématiques environnementales.

Nous avons tout d’abord rappelé les enjeux climatiques, posé les données régionales et argumenté sur les forces et les faiblesses de la situation actuelle. Chacun des représentants des entreprises a pu exposer les réalités des problématiques de marché et de contraintes qui lui sont propres, faire part des expériences menées sur le mode ferroviaire, livrer des exemples précis.

Les échanges nourris, basés sur des retours d’expériences très opérationnels ont été de nature à produire une appréciation et une perception actuelle de l’offre de transport routier et ferroviaire, et de permettre à la Région PACA d’échanger positivement sur des études d’opportunités sur les compétences dont elle a la charge.

Etaient présents le 05 juin 2012 :

Logidis Carrefour – Stéphanie Coleno – SCOL

T’nB – Gérard Pellerin – GPE

Point P – Antoine Sanchez – ASA

Rexel – Thierry Lambert – TLA

EPAD Ouest Provence – Stéphane Aranda – SAR

EPAD Ouest Provence – Benjamin Gilormini – BGI

NosterPaca – Robert Franceschi – RFR

Région PACA – Stéphane Coppey – SCOP

Région PACA – Diego Clemente – DCL

ITM LAI Intermarché – Dominique Bernot – DBE

• Expert transport – Florent Tuech – FTU

Lyondell Basel – Annie Lota – ALO

Geodis – Nicolas Buart – NBU

• Nicolas ROGIER – NRO – Garrulus Consulting

• Gil Doat – GDO – Bouclétik

Suivent les interventions des participants :

Les participants à la session, réunis pour l’occasion dans les installations de la ferme des Molières, à l’entrée de la ZAC sont accueillis par ses animateurs ainsi que par Benjamin GILORMINI qui rappelait le contexte de la création de la ZAC ainsi que son cadre institutionnel spécifique.

Directeur adjoint et également directeur de la production de L’EPAD (Établissement Public d’Aménagement et de Développement) Ouest Provence, BGI rappelle ainsi les missions de l’organisme sur un territoire large et complexe qui s’étend à l’ouest de l’étang de Berre :

– Réaliser ou apporter son concours à la réalisation d’études

– Réaliser des opérations d’aménagement, exploiter et gérer tous services ou équipements,

– Apporter une assistance technique aux collectivités publiques et opérateurs économiques dans des domaines multiples (urbanisme, développement économique et touristique, logement, infrastructures)

BGI indique à ce titre que l’EPAD est à l’écoute et prêt à aider financièrement les entreprises investissant sur Clésud dans des projets de partage de l’information visant à faciliter le co-chargement.

Après cette introduction, Nous avons rappelé les enjeux climatiques influant sur la chaine des transports, posé les données régionales et argumenté sur les forces et les faiblesses de la situation actuelle. Chacun des représentants des entreprises a pu exposer les réalités des problématiques de marché et de contraintes qui lui sont propres, faire part des expériences menées sur le mode ferroviaire, livrer des exemples précis.

Nous avons évoqué les tensions qui s’appliquent au marché pétrolier et les turbulences d’un contexte géopolitique changeant qui annoncent des incertitudes majeures sur les approvisionnements en énergies fossiles. Or curieusement, les interlocuteurs présents, à des fonctions opérationnelles de terrain n’indiquent pas que leurs entreprises affichent (du moins ouvertement) en interne ces aspects comme une priorité majeure. La tendance qui se dégage est plutôt de mettre en œuvre des actions ciblées et circonscrites (ex. : équipement en véhicules électriques sur telle ou telle tournée). Par ailleurs, toujours dans ce registre, paradoxalement, malgré un infléchissement significatif des prix du pétrole dernièrement, « on n’observe pas de baisse des prix » indique Gérard PELLERIN, de T’NB.

Stéphanie COLENO, de LOGIDIS CARREFOUR, indique que de nombreuses actions sont menées au sein du groupe mais très peu de communication en interne, que ce soit sur le Bilan Carbone®, sur la politique déchets ou plus généralement sur le développement durable : « la société préfère faire que communiquer ».

 

De solutions aux déplacements des salariés sur la ZAC pour une attractivité renforcée du territoire ?

Nous ne souhaitions pas initialement approfondir des enjeux liés aux déplacements des personnes, considérant que les réponses à apporter, somme toutes techniques et nécessitent l’apport de compétences auxquelles nous ne prétendons pas nécessairement. Or, très rapidement, nos interlocuteurs présents ont démontré (une nouvelle fois) le lien direct entre l’efficacité des entreprises de transports de fret et de logistiques intéressés et les infrastructures et services de transports collectifs pour les personnes (trains, autobus, etc.). S’en est suivi un échange nourri :

Florent TUECH, expert transport connaissant bien la ZAC de Clésud rapporte que pour le personnel venant de Marseille ou des extérieurs en général, le déplacement sur Clésud « c’est infernal » et « les coûts induits sont très importants » (pour les employeurs transporteurs opérant sur la zone et de rajouter : « les TER ne fonctionnent pas ! ». A ceci, Stéphane COPPEY, chef de mission Transports à la Région demande si la problématique observée s’applique aux personnels travaillant en horaires décalés. Nicolas BUART, de GEODIS répond qu’il s’agit de dysfonctionnements constatés de façon générale : « surtout pour le secteur (transports), c’est très compliqué ; les bus passent ou ne passent pas ». Le problème semble être dans la desserte entre la gare de Miramas et la ZAC de Clésud. « Entre 2009 et 2011, on a mis la pression avec ID’Logistics et Nortel : Rien ! ».

Stéphane ARANDA, de l’EPAD Ouest Provence, reconnaît qu’il y a un problème lié notamment au nombre de territoires qui composent l’agglomération marseillaise et sa gouvernance en matière d transports. Mais, d’après SAR, la problématique doit être élargie au fait qu’avec les perspectives d’évolution des trafics routiers sur la zone, on assiste à une congestion des infrastructures (routes, parking) qui peuvent rendent inopérants les améliorations de service, notamment celles réalisés sur les TER au départ de Marseille pour Miramas.

En complément, et en illustration du fait que cette problématique trouve des origines variées, à commencer par une responsabilité des salariés, intéressés au premier chef , SAR cite l’exemple du PDE du GPMM pour la zone de Fos / mer et pour lequel les navettes mise à disposition pour desservir la gare sont vides, à mettre en relation avec la transparence à afficher sur les horaires de travail réellement effectués … Il serait mal vu dans les entreprises de partir à l’heure !…

Robert FRANCESCHI, ancien cadre de la gare de triage de Miramas, parfait connaisseur des échanges ferroviaires sur la zone et également membre actif de l’association NOSTERPACA indique que Miramas, avec ses 114 dessertes /jour a un positionnement historique idéal. « L’avenir est à un pôle multimodal » et observe une dégradation depuis 30 ans. RFR observe également que le parking de la gare de Miramas est envahi de voitures « ventouse » qui handicape la fluidité et la capacité d’accueil des utilisateurs du service ferré.

SCO rebondit sur ce dernier point, rappelant que la gare de Miramas ne se trouve qu’à 2,5km de Clésud . Est-il cohérent d’assister chaque jour à un flot continuel de voitures qui mettent plus de 30 mn pour parcourir 2 km ? Pourquoi ne pas prévoir un trottoir ou une piste cyclable le long de la voie ferrée qui n’est qu’à 400 de l’entrée de la zone ?

SCOP rappelle que la Région accompagne financièrement les projets de BHNS (Bus à Haut Niveau de Service) ou les mises en place de pistes cyclables pour rejoindre les gares.

Et RFR de renchérir en indiquant « j’appartiens à une génération qui prenait les transports en commun » et que l’excès de liberté individuelle dans le recours à la voiture aboutit à une impasse.

Antoine SANCHEZ rejoint NBU et FTU en disant que comme pour la logistique fret, le vrai problème, « c’est le dernier kilomètre » et d’indiquer l’exemple de la gare de Saint-Chamas également « à bloc ».

Selon SCOL, l’action PDE n’est qu’un effet d’annonce pour l’entreprise.

SCOP indique invite les participants à assister à une réunion organisée par la Région sur un échange d’expériences PDE / PDIE à la maison de la Région le 28 juin prochain.

Quelles actions concrètes sont conduites en faveur de chaines de transport durables ?

Thierry LAMBERT, responsable de la plateforme REXEL de Clésud (distribution d’équipements, installations électriques, éclairage, génie climatique) confirme la croissance d’activité du groupe naturellement lié à l’augmentation des équipements chez les consommateurs. Le principal axe d’effort sur lequel s’est centré Rexel le traitement des déchets, avec par exemple la réduction du suremballage. En revanche, pour le moment, TLA reconnaît que l’activité transports n’a pas véritablement donné lieu à une priorité d’action, d’où son intérêt pour la session qui lui a permis d’acquérir les fondamentaux de la problématique.

ASA, responsable ADV et également responsable des approvisionnements de plusieurs lignes de produits chez Point P, filiale de Saint Gobain, indique une grosse pression de la maison mère selon ASA, surtout sur la politique déchets, et la politique transport qui est le 1er poste de dépenses : 3000 camions en propre dans le groupe avec des actions comme la géolocalisation et la formation à l’éco-conduite.

Le principal client de Logidis est la maison mère Carrefour qui exige beaucoup d’efforts dans le traitement des impacts environnementaux de ses activités (bruit, consommation, horaires,…). Sans doute faut-il alors aborder les problèmes très complexes ressentis par les prestataires de transport servant la Grande distribution et qui, unanimement, s’accordent à dénoncer les conditions imposées par les donneurs d’ordre de la GD en matière de livraisons sur les sites (créneaux horaires) et qui impactent leur organisation et leurs émissions (heures d’attente).

SCO indique également la difficulté à livrer les localités de montagne qui font que ces transports sont en général sous traités par Logidis.

 

Quelles actions concrètes en faveur d’un report modal ?

SAR, de l’EPAD, regrette que sur Clésud, certaines entreprises embranchées n’utilisent absolument pas le transport ferroviaire, ce qui devrait être une des marques différenciatrices d’une ZAC multimodale.

De fait, ASA reconnait que Point P, sur la zone par exemple, n’utilise que la route pour ses transports aval et pour l’amont, les fournisseurs ne choisissant pas le transport ferroviaire, tout arrive également par la route. Cet état de fait étant lié d’après ASA à la typologie de flux traités en région. Point P s’est installé sur la zone de Clésud, pour une question d’accessibilité et de localisation principalement (fermeture du site précédent sur Martigues et choix d’un endroit proche pour conserver les salariés). Le choix ne s’est absolument pas fait en fonction de l’embranchement fer. 35 semis sortent chaque jour du site de Point P.

SCOL présente un projet commun avec ID Logistics sur Clésud, de mutualisation de stocks et de distribution de produits de brasserie (non périssable) qui permettrait de transférer des camions sur le fer.

RFR dénonce les excès et les déviances dans le développement des stratégies de flux tendus, de stock zéro depuis de nombreuses années et qui produisent des résultats qu’on observe sur Clésud, maintenant, le stockage des marchandises est désormais sur les routes dans les camions : « le stock, c’est le transport ! »

Pour autant, RFR reconnait le défaut de lisibilité du transport de fret ferroviaire et rappelle le fonctionnement du transport ferroviaire de marchandises sur Miramas :

• Le train arrive actuellement sur la gare de triage de Miramas

• De là, il est tracté par la SNCF à l’entrée du chantier Novatrans

• La RDT13 prend le relai de l’entrée du chantier jusque sur le chantier

Selon les participants, cette succession d’opérations ralentit considérablement la distribution des marchandises : on peut perdre jusqu’à 1h30 pour cela.

NBU rappelle que la politique de la SNCF n’est pas compréhensible sur le sujet : en 2011, Sernam arrête la traction ferroviaire au départ de plusieurs sites pour des raisons d’augmentation soudaine des coûts de traction (de 30 à 40%)

La gare de Marseille Arenc n’est plus raccordée au réseau ferroviaire : la voie est désormais recouverte de béton.

Une fois de plus, les contraintes de livraisons imposées par la grande distribution sont pointées du doigt par un transporteur : NBU rappelle les très grandes difficultés de livraison chez ces destinataires.

SAR indique un flux de 55.000 véhicules / jour (dont 17% de PL) sur la RN568 (desserte Fos / Arles) et qui progressivement passera à 70.000 selon les prévisions des observatoires. Le projet collaboratif avec ID Logistics sur Clésud, de mutualisation de stocks et de distribution de produits de brasserie (non périssable) est un exemple qui devrait permettre de transférer des camions sur le fer.

 

Les contraintes règlementaires ?

NBU indique que, d’après lui, la taxe PL va être « terrible » pour les transporteurs. C’à quoi SCO rétorque que si ces dispositions sont en effet impactantes, elles ont pour objet de sensibiliser et financer les impacts des activités de TRM, l’enjeu majeur consiste donc à savoir les valoriser par rapport à la clientèle et les donneurs d’ordre.

La 12ème session LOGISTIQUE DECARBONEE s’achèvera, une fois encore, sans « langue de bois », autour d’un buffet campagnard servi à la ferme des Molières.

 

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