Article de Joël COSSARDEAUX dans LES ECHOS du 04/02/13

La pollution de l’air, un problème sanitaire majeur pour les villes des pays émergents et en développement. L’impact économique se traduit par une perte de croissance.

Etat de péril sanitaire majeur dans les jeunes mégapoles de la planète ! Les villes champignons d’Asie, d’Inde et d’Afrique étouffent. A Pékin (20 millions d’habitants), le niveau de pollution atmosphérique a depuis longtemps explosé les seuils admis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et le pire est toujours possible. Les urgences des hôpitaux de la capitale chinoise viennent de vivre un véritable « janvier noir » . Grand comme deux fois la France, le «smog » qui a piégé l’agglomération de Pékin et celle d’autres grandes villes « multimillionnaires » de l’est du pays, a déclenchée une flambée (+20%) des affectations respiratoires.

Des épisodes de pollution de cette intensité que ni Delhi (18,9 millions d’habitants), ni le Caire (16,5 millions), Karachi (21 millions), Oulan-Bator (3 millions) ou Dakar (2,5 millions d’habitants) n’ont encore connu avec une telle intensité. Pour autant, il ne fait pas bon y respirer à l’année. Ces villes, des « mégacités » pour la plupart, comptent parmi les plus polluées du monde au sein du classement établi en 2011 par l’OMS sur la base du taux annuel de particules M10 dans l’air, celles émises par l’industrie, le trafic routier et le chauffage. Les petites villes n’échappent pas à la malédiction : de nombreuses municipalités en Iran -Ahwaz est en tête du classement-, au Bangladesh, au Pakistan, en Chine, en Inde, en Arabie Saoudite ou encore en Turquie occupent les 50 premières places des villes où la qualité de l’air s’est considérablement détériorée.

Des centaines de milliers de victimes en Chine

Une évolution à rebours de ce que l’on observe dans les grandes métropoles des pays riches. Depuis près de deux décennies, les émissions de polluants y sont stables. Dans les grandes villes d’Europe et d’Amérique du Nord, la dégradation de l’air reste la cause de morts prématurées nombreuses, mais pas dans les proportions observées au Caire et à Alexandrie où ces décès accélérés se comptent par dizaines de milliers. Dans l’ex-Empire du milieu le bilan s’établit à plusieurs centaines de milliers de victimes. Pékin paye un très lourd tribu à plusieurs décennies de croissance et de production industrielle effrénées. De gros efforts y ont pourtant été entrepris pour réduire la pollution. Avant les Jeux Olympiques, beaucoup d’usines ont été fermées et déménagées hors les murs. Mais ces mesures coûteuses n’ont pas eu l’effet attendu. Aujourd’hui, Pékin est asphyxiée par les gaz d’un parc automobile tentaculaire. Un problème qui s’ajoute à celui du coût de la vie, de plus en plus élevé. Le régime devient fébrile face à une population qui s’exaspère de la situation. Et la capitale chinoise pourrait devenir moins attractive aux yeux des étrangers. Les sociétés internationales risquent d’avoir plus de difficultés à y envoyer des cadres prêts à partir avec femme et enfants. Même si cette pollution peut servir la volonté du régime d’accélérer la « cinisation » des filiales des groupes étrangers.

La Chine n’a pas fini d’investir massivement pour purifier son air, ce qui peut être un facteur de croissance. « Il faut dépasser les enjeux de PIB. Tous ces investissements contraints enlèvent de la marge de manoeuvre, de la liberté d’entreprendre. La vraie question, c’est la croissance durable. La Chine se la pose comme l’Occident », selon Joël Huret, chercheur associé à l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI). « Les Etats-Unis ont mis 50 ans à redescendre sous les seuils de pollution. La Chine ne mettra pas autant de temps », estime un expert de la Banque Mondiale.

Pas sûr que Delhi, ville submergée par les voitures, se soit mise sur la même trajectoire. La qualité de l’air y est encore considérée comme « normale » par les autorités. Les investissements dans les infrastructures de transports collectifs sont très en retard et aucune mesure d’urgence n’est prévue lors des pics de pollution, sinon de déconseiller la pratique de sports d’extérieur. Quant à son impact sur la vie économique, il n’est, pour l’instant, pas ressenti qu’à Pékin. Quand un investisseur renonce à venir Delhi, c’est d’abord à cause du climat de corruption qui y règne.

Les mégalopoles des pays en développement risquent d’être les perdantes de l’affaire. La Banque mondiale chiffrait en 2002 à deux points de PIB l’impact économique de la pollution de l’air au Caire. Une mise en garde resté lettre morte. « Il n’ y a pas eu de volonté politique de s’attaquer à une situation surmontable », observe un expert.

 

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