Fabrice Nodé-Langlois – LE FIGARO du 28/11/2015

COP21 – À trois jours de l’ouverture de la COP21, l’agence de notation Standard & Poor’s évalue dans une étude l’impact financier pour les États, de la multiplication des catastrophes naturelles. La Thaïlande apparaît très vulnérable.

téléchargementLe réchauffement climatique menace votre «AAA»! À trois jours du lancement de la COP21, la conférence climat des Nations unies à Paris, les agences de notation financières y vont aussi de leur partition. Standard & Poor’s (S&P’s) en l’occurrence, a tenté d’évaluer l’impact de la hausse des températures sur le risque souverain des États. Ce risque, gradué par les notes qui vont du fameux AAA à D, reflète la capacité d’un État à rembourser ses dettes, et donc sa bonne santé financière.

Sur l’échantillon de 38 pays étudiés, la Thaïlande apparaît comme le plus vulnérable. La multiplication descatastrophes naturelles induite par le réchauffement entraînerait à elle seule une dégradation de 1,8 cran. Un chiffre abstrait, qu’il faut comparer avec une dégradation de 1 cran pour la République dominicaine ou 0,5 cran pour le Vietnam ou les Bahamas, archipel dépassant à peine le niveau de la mer. Pour rendre son estimation plus concrète, S&P’s s’est aussi appuyé sur les données de l’assureur Swiss Re qui évalue les dégâts potentiels des catastrophes naturelles. Dans le cas de la Thaïlande, la valeur des destructions matérielles augmenterait de plus de 4 % par rapport aux scénarios sans réchauffement climatique. L’alourdissement de la facture due au changement climatique serait de 4 % pour les Bahamas, 2,5 % pour la Jamaïque ou près de 2 % pour le Vietnam.

 

Plus de cyclones aux États-Unis

Le réchauffement n’aurait qu’un impact «négligeable» sur la notation financière des pays développés, constate S&P’s tandis que les États des Caraïbes et de l’Asie du Sud-Est seraient les plus touchés. L’étude estime que les dommages subis à cause des cyclones augmenteront d’ici 2050, de 45 % aux États-Unis, de 50 % en Nouvelle-Zélande et de 64 % au Japon. Cette hausse est spectaculaire mais le niveau de départ étant bas, l’effet sur les finances publiques de ces pays riches restera faible.

L’impact chiffré de l’étude peut sembler somme toute limité. Mais il est partiel, avertit l’agence de notation. Ses experts n’ont en effet pris en compte que deux types de catastrophes naturelles pour lesquelles les modèles climatiques et les bilans des années passées fournissent suffisamment de données: les cyclones tropicaux et les inondations. S&P’s n’a par exemple pas calculé l’impact de l’aggravation des sécheresses, pourtant attendue par les climatologues, mais trop complexe à chiffrer.

Entre 2001 et 2010, plus de 370.000 personnes ont été tuées dans le monde par des événement climatiques extrêmes, estime l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Une hécatombe en augmentation de 20 % par rapport à la décennie précédente. Alors que les populations continuent de se concentrer sur les littoraux à travers la planète, et que les scientifiques s’attendent à une hausse de la fréquence et de la puissance des cyclones et des précipitations, Standard & Poor’s veut souligner à travers son étude que le réchauffement climatique devrait bel et bien avoir des conséquences sur les finances des États, et donc leur souveraineté.

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