Par Nicolas J. ROGIER le dimanche 8 janvier 2016

Nous autres petits soldats inégalement appointés par la grande armée de l’économie mondiale, au modestes chevrons aux couleurs de frêles entreprises comme aux épaulettes dorées de lourds et puissants navires,  passons le plus clair de nos journées étirées, molles ou rudes, parfois flamboyantes, ahuris, affolés ou avachis, à optimiser nos ressources, nos compétences, nos déplacements, nos indicateurs de performance, à mesurer nos gains, estimer, évaluer, scellés aux identifiants de nos multiples comptes de réseaux sociaux qui dessinent autour de nous des arabesques de données hallucinogènes.

Source : Editions Gallimard Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

En ce début de froid janvier 2017, proposons-nous – valable au premier chef pour ce petit caporal-consultant qui tient la plume – de nous équiper d’un sablier au grain un peu épais, et de temps à autres, lui faire une place sur nos tables encombrés d’objets connectés, le retourner et nous laisser emporter par la grâce du mouvement évasif et onctueux de cette poudre étoilée, enfermée et pourtant si libre. Et de ce fait crever la couche de crasse électronique, consacrer du temps à la réflexion, tirer quelques cartouches dans les étoiles et penser au sens que pourraient utilement animer nos gesticulations de petits soldats.

« Sur les chemins de noirs » de Sylvain Tesson, est en cela une lecture que je recommande

amicalement. Le périmètre de nos activités professionnelles respectives est souvent « worldwide », et nous donne souvent le tournis propre aux inflexions permanentes, improbables et souvent difficiles à interpréter, à prévoir. J’aime le pari de Sylvain, cet écrivain-voyageur un peu barré, de parcourir à pied en deux mois et demi la France du Mercantour au Cotentin en traversant la Haute-Marche (Creuse) de mes ancêtres, en suivant une diagonale sinueuse qui ignore superbement celle que justement notre grande armée de l’économie globale a déserté depuis longtemps.

C’est un petit bouquin qui donne du sens, qui oblige à voir en face ses propres gesticulations, celles des copains et … le vol du papillon aux ailes blanches.

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