«L’âme des grandes villes occidentales va-t-elle survivre au tourisme de masse ?»

Publié dans LE FIGARO, par Mathieu Bock-Côté le 22/12/2017

TRIBUNE – Figure de la vie intellectuelle québécoise, Mathieu Bock-Côté s’inquiète de la disneylandisation d’un monde affadi et uniforme, soumis à la logique consumériste au détriment des populations locales.

A guide talks to tourists as they enjoy a view of the city from Prague Castle in Prague, Czech Republic, July 19, 2016. REUTERS/David W Cerny – S1AETQMXHZAA

Un quotidien québécois révélait récemment une surprenante étude menée par l’Office du tourisme de Québec, à propos du potentiel touristique de la vieille capitale de la Belle Province. On y apprenait que les touristes américains sont globalement charmés par la ville mais rebutés par la langue et la culture françaises: apparemment, elles les effraieraient. Mais chose encore plus étonnante, l’étude nous informait aussi que de nombreux commerçants de la ville, inquiets des sentiments mélangés éprouvés par les touristes américains, se demandaient eux-mêmes de quelle manière neutraliser cet irritant majeur limitant le potentiel touristique de Québec.

Comment faire en sorte que la langue française et la culture québécoise n’indisposent pas ceux qui veulent simplement profiter de la beauté de la ville et de ses paysages magnifiques sans s’encombrer d’un contact décrété pénible avec la culture locale? Ne pourrait-on pas vider un pays de son peuple pour le rendre …

A propos admin

Nicolas ROGIER (IAE, Saint-Cyr, Auditeur IHEDN) : fort d'une expérience de 25 ans à des fonctions de management opérationnelle dans plusieurs sociétés, en France et à l'étranger, il se passionne pour les enjeux du Développement durable et plus spécifiquement de la maîtrise des impacts. Il créé à Marseille en 2008 son propre cabinet, Garrulus Consulting, dont les activités sont essentiellement orientées autour des problématiques de déplacements, des transports et des risques. Il développe ses activités sur plusieurs pays du bassin méditerranéen et également en Europe orientale.
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3 réponses à «L’âme des grandes villes occidentales va-t-elle survivre au tourisme de masse ?»

  1. Gil dit :

    Doit-on blâmer le désir d’américanisation du monde de la part du touriste américain ?
    Doit-on regretter la disneylandisation des villes qui perdent leur âme et leur culture ?
    Ou simplement constater que l’opulence, le luxe et le confort que nous ont amenés la consommation de masse dont le tourisme de masse fait partie, nous éloignent des valeurs essentielles de « ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue », ainsi que R Kennedy définit ce que le PIB ne mesure pas ?
    Un ami récemment me faisait part d’un treck qu’il avait fait dans le Kazakhstan dont l’ambiance rappelle celle du « Désert des Tartares » où, lors d’une veillée après la traversée d’un village, le guide Kazakh lui expliquait que les conditions de vie vues le jour même était la norme dans ce pays reculé de l’urbanisation : eau courante rare dépendant de la sécheresse ou des pluies, nourriture exclusivement locale et dépendant des saisons et des conditions climatiques,… ce guide habitué à fréquenter des voyageurs ou des touristes a insisté sur le point que, pour lui ou ses compatriotes, nous (« occidentaux ») n’avions PAS de problème. Il trouvait indécent qu’on puisse se trouver des problèmes dans notre vie, au regard des conditions locales.
    Et c’est le coeur du sujet : le confort dont nous jouissons, grâce à la modernisation, la technologie, la consommation aurait dû nous affranchir de tous nos problèmes. Or nous continuons à nous en créer d’un autre niveau, incompréhensibles pour ceux qui sont « hors de notre monde ». Les voyages nous confrontent à cet « hors du monde » et nous mettent mal à l’aise face, plus généralement, à des populations qui ne vivent pas comme nous, qui ne parlent pas comme nous ou qui n’ont pas les mêmes problèmes.
    Nous voudrions donc pouvoir visiter les paysages magnifiques de notre terre, mais sans avoir constamment face à nous un miroir déformant qui nous renvoie à nos aberrations.
    La solution serait donc de vider les lieux que nous visitons des populations locales et de leur culture,…
    C’est d’ailleurs ce qu’il se passe lorsque 3 paquebots de croisière débarquent ensemble dans un village méditerranéen « typique » de 300 habitants ; lorsque les 15 000 touristes envahissent les ruelles et les boutiques dont les vendeurs ont appris à parler les langues étrangères et qui ne vendent plus que des « souvenirs » fabriqués de manière marketing spécifiquement pour plaire à ces conquérants…
    L’écrivain Anglais GK Chesterton disait : « Le touriste voit ce qu’il est venu voir ; le voyageur voit ce qu’il voit »

  2. Nicolas ROGIER dit :

    Gil,
    je rebondis sur cette allusion au tourisme de croisière ; j’avais abordé ce sujet à partir de l’exemple de Venise en 2012 qui déjà alertait sur les impacts à la fois environnementaux et sociétaux de ces flux de touristes « déchargés » sur des points sensibles, uniques : http://garrulus-consulting.com/blog/2012/08/06/un-senateur-italien-veut-mettre-venise-et-sa-lagune-a-labri-des-paquebots-geants/

  3. Gil dit :

    Finalement il ne s’agit que du prolongement de l’histoire…
    Extrait de « Pêcheur de lunes » de Jean Raspail :
    « On sait que les premiers Blancs, en 1626, avaient acheté Manhattan aux Indiens, contre un lot d’étoffes rouges, de boutons de cuivre et de perles de verre d’une valeur de 25 dollars; Après quoi ils construisirent un mur fortifié à l’abri duquel ils s’installèrent dans le sud de l’île. Les perles plurent aux Peaux-Rouges, lesquels se mirent aussitôt à enfiler des colliers et des tresses, des ceintures et des pendentifs dans leurs villages de wigwams, tout au long de la piste indienne qui descendait du nord jusqu’au mur. Cet exercice les occupa pendant une bonne quarantaine d’années, après quoi ils s’aperçurent qu’on leur avait volé leur pays. Pendant qu’ils enfilaient des perles, les nouveaux venus s’étaient renforcés, et lorsque Massassoit, chef des Wampanoags de Mahattan, plus connu sous le nom de King Philipp, et Canonchet, sachem des Narragansets, se soulevèrent contre les Anglais, en 1675, à la tête des tribus algonquines, le rapport des forces avait déjà largement balancé : vingt mille Indiens rebelles contre cinquante mille colons pourvus d’armes à feu. Un carnage. on exposa dans les ports de la Nouvelle-Angleterre les têtes des guerriers rescapés des combats, décapités après leur capture, tandis que par vaisseaux entiers on déportait leurs familles aux Indes occidentales où tous étaient vendus comme esclaves. »

    Sans doute que le tourisme actuel s’affranchira de la violence physique (…), mais cet article démontre le même principe : je m’installe quelque part en y apportant ma culture et et supprimant la culture locale.

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